Col de Bleine – Mont Saint Honorat – Saint-Etienne-de-Tinée – Isola 2000

Plein la vue

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Le soleil revient depuis quelques jours et franchement ça fait du bien après ce long hiver pluvieux. En plus la masse d’air est favorable aux envolées thermiques… En plus il n’y a pas de vent supérieur à 10 km/h à toutes les altitudes.

Le plus dur va être de choisir le site. Dimanche au Chalvet c’était pas mal mais un peu turbulent vers 2200-2300 pour cause de nord et de couche d’inversion  marquée. Mardi à Gréolières il y avait des thermiques capricieux et un peu de nord.

J’ai bien envie de retourner au Chalvet mais la marche sur la route enneigée en plein cagnard est assez désagréable, en plus ça décolle tard. Victor est motivé pour le col de Bleyne, en baptême biplace avec Nico. Loïc aussi. Arnaud se joindra au groupe.

En l’absence d’Ouest se serait sympa d’aller à Moustiers. Ca me ferait super plaisir de partager cette joie avec Victor qui fût mon guide pour mon premier long vol (Dormillouse) et qui échoua à Castellane l’année dernière, et évidemment aussi, partager avec Loïc qui m’a mis au parapente.

On laisse la voiture au col et on monte à pieds sur la route ombragée et glacée, c’est moins sportif qu’au Chalvet 🙂

Le déco et recouvert d’une neige assez dûre qui a tendance à s’enfoncer 1 pas sur 4, rien de génant… Avec Loïc, depuis 10h30, nous observons les cycles thermiques de plus en plus forts, longs et rapprochés. Il n’y a pas de pilote pénible (genre Luc) pour prendre un de ses ascenceurs matinaux.

Victor Nico et Arnaud arrivent lorsqu’on décide de décoller jugeant la probabilité de tas assez minimisée. Il n’y a pas de voiture en bas donc malheur au ploufeur!

Loïc décolle et fait 1900 au Pic de l’Aigle il file vers le Bois Brulé. Je lutte péniblement pour me hisser au dessus des crêtes au Pic de l’Aigle,  insiste un peu et trouve un 2300. Ca décale en sud 5-10 km/h.

Je commence à psychoter sur la puissance de feu du Bois Brulé tout enneigé. Il me semble qu’il tire son énergie de son plateau rocailleux alors en version plateau enneigé ça risque d’être faiblard. Loïc se fait dégueuler et lance un avertissement radio. Je ne le vois pas et l’imagine déjà en difficulté. Par précaution j’enroule tout ce que je trouve avant. Je fais 2500, décalé en sud. Victor rejoint Loïc ou le contraire ils sont 400 m en dessous de moi dans le même thermique. Arnaud, après avoir fait preuve de malchance le long des barres, en l’absence de son thermique salvateur sur le donjon, se pose.

Transition vers les Lattes.  Cette transition est assez porteuse jusqu’au moment ou il faut bien obliquer vers le relief. -2, -3, vitesse en chute libre… Zut, Merde, Fuck, Pfff il y a une tendance Ouest qui signe la mort de notre beau projet vers Moustiers.
J’ai très vite compris cela, mais ce n’est pas pour autant qu’après un survol prospectif et dégueulant à -2, 100-200 m au dessus des crêtes des Lattes je vais me replier intelligemment sur les crêtes de Saint-Auban. Non. J’insiste sur les Lattes…

Certainement influencé par un échec passé dans des petites conditions en voulant insister et trouver un truc vers l’ouest, et aussi probablement influencé par mon maître JPT avec qui on a du déjà parler de ce coin, je vais sur les falaises à l’Est des Lattes. Déception, je suis toujours à -2. J’envie Loïc et Victor et son passager Nico qui semblent encore dans la partie porteuse de la transition.

Je commence à entrevoir la fin du vol et décide d’aller tenter un ultime salut sur les toits de Saint-Auban. A peine commence-je à transiter que plein nord au dessus de la forêt un thermique un peu chahuté car sous le vent me redonne espoir. Je m’applique patiemment et hop 5 minutes plus tard me voilà à 2000 et les autres sont posés 🙁

Il est temps de faire un petit point sur la suite du vol. Il y a une tendance Sud qui invite à aller au nord et une tendance Ouest qui contrarie l’itinéraire classique vers Dormillouse.
Soit je vais au nord et remonte le Var jusqu’au Mont Saint-Honorat, soit je reste entre l’Esteron et le Var et pars à l’Est en direction du Mont-Chauve. Cette dernière solution pourrait être sympa car je ne connais pas trop et j’ai souvent eu envie de voler sur ces lignes de crêtes en passant en voiture.

Mais l’attrait de la montagne est plus fort… plein nord !

De Saint-Auban je vais à Briançonnet ou je reprends du gaz en dérivant au nord, je me retrouve à 2700 à Ubraye-Montblanc. Je tape sur le haut de la ligne de crête qui finit en canyon aux falaises orangées sur la RN202 et que je regarde avec curiosité à chaque fois que je rentre de Saint-André (au niveau du vieux pont étroit dans les gorges), C’est sympa de voir ça à plus de 1600. J’ai un peu de mal à trouver le thermique mais ça le fait finalement, 2000 et transition confortable en traversant la rivière  (ce n’est plus le Var à cet endroit car ce dernier bifurque vers le nord…). Direction Braux. La vue est juste hallucinante. La vallée du Var est magnifique à cet endroit, on voit Entrevaux, ça sent le soleil et l’été,  autres styles les bois autour d’Annot et bien sûr ses grés, le Dome de Barot et les roches rouges,  la blanche Bernarde, les hauts sommets du Mercantour et le Mont-Saint-Honorat.

Je tape sur la falaise dans la forêt à l’est de Braux, en octobre il ne m’avait pas déçu et s’échappait d’un mélange d’arbres aux teintes toutes automnales magnifiques. Aujourd’hui il est printanier et plus tonique. Thermiques sur thermiques, je fais 3000 et reste à l’est du Saint-Honorat à la limite neige-roche. La vue sur les gorges ocres de Daluis est impressionnante, le var paraît bien encaissé. Le spectacle est de toute beauté. Je ne parle même pas Saint-Honorat lui-même et du vallon minéral gris et jaune à son sud-ouest, mis en valeur pas un blanc uniforme autour. Quel émerveillement.

Je continue vers le nord et après tant de beauté et de contemplation, des problèmes concrets se reposent… ça dégueule, les falaises érodées à l’est du mastodonte sont ensoleillées, entourées de neige et le vario ne sursaute pas…

D’où je suis, je vois très peu de solutions pour se poser dans le Var et les falaises de Villetalle et Sauze sont les dernières chances d’ascendance. Je décide que si ça ne monte pas je poserai en altitude à Sauze pour m’épargner des risques dans une brise supposée forte dans une vallée pas très connue. Mais ça monte, franchement, facilement. De 1500 je remonte à 2500, avec une tendance davantage Ouest vers le haut.

Je transite vers les falaises au nord de Chateauneuf d’Entraunes. C’est méga impressionnant, autant, voir plus que le Trauma. Des falaises très compactes et oranges qui doivent faire facilement plus de 200-300m coiffé par encore davantage de dénivelé en haut avec des pentes érodées très très raides. Je retiens mon souffle. Plus haut c’est tout blanc, il y a un espèce de refuge moderne très aérien au loin, genre Vista Palace, j’en fais mon objectif suivant. (c’est loin et je suis myope donc je ne sais pas si c’était vraiment un refuge, à voir…)

Je reprends un peu mais sans plus, assez pour contourner par l’ouest pour trouver des faces mieux exposés (ouest vs sud, il est 14 heures). En cheminant je trouve un thermique généreux : 2700. A peine quitté, j’en retrouve un autre qui me propulse doucement vers 3000,3100,3200,3300,3400,3500,3600,3700,3800,3900? non. 3850, je ne me bats pas dans du +0,5 pour tenter le 4000…

Là, les choses deviennent hallucinantes. La vue est juste énorme, où que l’on regarde. Gélas, mer, Viso et sans doûte bien plus. Je regrette d’avoir perdu mes lunettes de soleil à ma vue. L’occasion est trop belle, j’ai le téléphone à portée de mains, enlève un gant et mitraille fébrilement de photos.

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Avec cette altitude, je transite vers la Tinée par les crêtes au nord de Auron. J’apprécie cette énorme glissade en survolant des crêtes enneigées.  A regarder le sol blanc et uniforme, les falaises, j’ai l’impression d’être bas, mais lorsque mon oeuil capte un détail comme un arbre, il redonne au paysage son caractère grandiose. Je survole de vastes étendues montagneuses enneigées, à plus de 3000. Au nord, une espèce de bloc rectangulaire de roche sombre semble posé sur un écrin de neige. Il doit être gigantesque. Des centaines de mètres… Tout est démesure.

La transition m’émerveille ainsi ou que porte mon regard, à chaque secondes.

Seuls mes pieds commencent à être las, mouillés dès le décollage dans la neige, il me faut les bouger et les taper l’un contre l’autre de plus en plus souvent. Appuyer sur l’accélérateur leur fait du bien.

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Saint Delmas à ma gauche, Auron à ma droite, Saint-Etienne-de-Tinée comme atterrissage. C’est  superbe, le plus beau vol de ma vie me dis-je.

Je me reconcentre et trouve un thermique qui me permet de prendre un peu de marge pour remonter un maximum la Tinée. J’essaie de prévoir au mieux en cas de brises fortes. Ca ne semble pas être le cas mais bon…

Je remonte le fleuve en m’appuyant sur les impressionnantes faces ouest qui mènent au Mont Ténibre et à ses jumeaux. Ce ne doit pas être tous les jours qu’on remonte la brise de la Tinée… A la faveur d’un contraste rocher-forêt, je remonte au crêtes, à 3000 ! Je pourrais me poser facilement sur ces sommets arrondis et confortables  mais le spectacle en enroulant des thermiques doux me suffit, la partie Italienne de la chaine, les reliefs, la neige c’est trop beau.

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Deux derniers thermiques ne permettent de rejoindre Isola2000 en déroulant le long des crêtes. Je pose heureux près d’un transat au soleil.

Finir un cross en posant à 2000 c’est l’ultime luxe de cette journée magique.

Le temps d’appeler les copains, de ranger le matériel et de savourer un demi au soleil… La station passe à l’ombre et après 2-3 minutes d’attente de jeunes et sympathiques parisiens me prennent en stop et me laissent à l’aéroport où Loïc vient me chercher.

 

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