Fourneuby – Lumbin

Le Graal, avec une Chartreuse ingrate

Pic de Fourneuby – Lumbin
201 km en Distance Libre 2 points
http://parapente.ffvl.fr/cfd/liste/2012/vol/20124889

bleine

C’est la grosse agitation déclenchée par Luc. Tous les paramètres ne sont pas au vert sur le papier, mais avec un petit peu plus de ceci et un peu moins de cela, ce pourrait être une très très belle journée. Je ne demande qu’à voir, comme la trentaine d’autres pilotes présents à Fourneuby.

Benoît décolle et je lui emboîte le pas avec Jo. La petite cravate que j’avais jugée minime au moment de quitter le sol me pose quelques soucis et je me retrouve directement à devoir me battre en bas. J’active mon système anti-tas qui fait des miracles. Le premier plaf est correct et prometteur avec plus de 2000 mais après le col de Bleine c’est plus difficile. Je pars péniblement de Bois-Brulé avec 2100. Les Lattes ne me font pas suer longtemps, mais 2200-2300 c’est quand même pas la joie. Heureusement que la tendance franchement SE donnera de belles finesses. Derrière ça lutte aussi. Seul devant et sans beaucoup de gaz, je préfère passer par le Teillon pour assurer une arrivée haut à l’angle Bernarde-Crémon. Je cafouille un peu, Benoît plus malin tape direct au sud de la Bernarde. Il va me rattraper sur le Pic de Chamatte.

J’hésite à me placer au vent au Sud-Est du Pic mais j’ai assez d’altitude pour pouvoir continuer sans détour et chevaucher la Crête des Serres en ramassant ce qui monte des 2 côtés. Peu importe le poison pourvu que l’on ait l’ivresse : j’enroule direct un thermique bien turbulent. Benoît arrive plus bas du même côté que moi et se fait éjecter. Il se barre vite à l’Ouest pour se refaire. Ca monte, ça pousse en Sud : 2500 avant de partir sur Maurel puis encore 2500 sur ce dernier. Puisque la tendance est quand même à la hausse des plafs, mon optimisme me pousse à tracer tout droit vers Côte-Longue en comptant sur les faces Sud du Ravin de la Moulière (Issole) pour renflouer mon compte en altitude. Piètre stratège ou mauvais thermiqueur, je n’arrive pas à reprendre une altitude confortable et j’arrive donc sur Côte-Longue relativement bas. C’est pourrissime. Je me fait éjecter en Est, je me fait éjecter en Ouest. C’est possible de déprimer tout en faisant un rodéo malsain près du sol. Benoît arrive, subit le même traitement et flaire vite que le bon coup est plus en vallée au Sud, merci à toi. Gilles arrive haut comme d’habitude et on se retrouve tous les trois. JPT n’est vraiment pas loin du tout.

cotelongue

C’est génial, tout est enneigé et je suis hypnotisé par mon ombre qui file à fond sur la crête de Côte-Longue.   Je chemine à quelques dizaines de mètres au dessus de la crête et zappe un thermique car je suis confiant dans le Carton dans ces conditions SE. Je vois une autre ombre plus allongée me doubler. Ca va vite, c’est un planeur. Benoît immortalise ce joli souvenir. Carton : j’arrive bas mais la transition était tellement huileuse pour venir là qu’il s’y passe forcément un truc. Et boom !

blanche

Et reboom à Lachaux. Et reboom avec Benoît au Trauma.

pasc

La Blanche est enneigée, Benoît prend à l’Ouest au sec, je reste à la limite sec/neige. Il descend cueillir le thermique à la Micheline ou il y a une Diamir et un planeur. Je zappe et ne doute pas que la suite me remontera. Je fais 2-3 tours pour me remettre propre pour la suite (Bernardez) et finalement la Diamir arrive. J’ai l’impression que c’est un des 2 cadors locaux Nicolas Pons ou Damien Lacaze, j’avais vu le blog de leur projet de vol bivouac cet été et donc pour moi Diamir = un des 2. Du coup, je temporise en enroulant encore un peu. S’il comptait traverser les Lac de Serre Ponçon ce serait nickel… Finalement il n’a pas l’air bien décidé et je me jette en premier sur le Morgon. Je parie 100.000 euros que Benoît va prendre 3 photos et amorcer le retour. Gagné! Je perds le photographe officiel 🙁 Est-ce possible de se poser au pied du Morgon ? J’ai eu le temps d’y songer. Finalement ça ressort et je me retrouve avec la Diamir et Dgilou.

diamir

La traversée du Lac de Serre-Ponçon

Diamir, je te suis aveuglément. Dgilou va être bien mieux placé, plus haut et plus à l’ouest, mais je te fais confiance. Jamais je n’aurais tenté une telle entreprise de si bas vers les Aiguilles de Chabrière sans toi, maître des lieux ! Le temps passe… ma confiance aveugle est sérieusement remise en question… Mon plan B intitulé « retraite vent de cul et décalage de tout se qui bouge vers le Mont Guillaume » devient un plan b miniscule intitulé « les rives de la rivière devraient tenir en dynamique ».

Pourquoi j’insiste :

  • Diamir je garderais l’espoir jusqu’à 200m/sol en toi, tu connais certainement la martingale magique du Lac
  • J’ai l’impression qu’une zone favorable un peu déventée au sol et/ou une mini-pente bien exposée peuvent permettre à un truc de s’élever bientôt malgré la forte brise.

A quelques secondes d’intervalle :

  • Diamir pose sans se battre comme si c’était tout naturel. Je n’ai même pas le temps de ressentir une émotion car :
  • Le vario bipe et j’enroule concentré à 2000% sans demander mon reste. Ca marche nickel. Ca décale certes, mais ça monte.

Le plan Guillaume regagne en probabilités de réussite. On arrive même à 100% quand je perds l’ascendance. C’est dommage, elle commençait à se redresser. Je vais même pouvoir me mettre sur les premières crêtes des aiguilles de Chabrière. En effet, ça devrait quand même le faire. Ca ne va pas être de la tarte, mais quelques portions de crête ne sont pas trop mal orientées et il devrait en sortir du lourd. Yes ! Problème réglé.

raccrochage

Pas de nouvelles de Gilles, il doit avoir une sacrée avance ! ( j’apprendrais à la fin du vol qu’il a posé sans raccrocher malgré ses maigres 200m de plus, c’est dûr) On avance. Piolit, rien trouvé. Petite Autane : j’ai trouvé un beau thermique avant. Mauvaise nouvelle : seulement 2700. Bonne nouvelle : j’ai trouvé le flux de SE. Ca bricole et ça avance dès lors assez facilement, sans toutefois rencontrer de gros plaf pendant un moment. Ca tombe bien, je me délecte du paysage. Grandiose. Hivernal. Les sommets sont gavés de neige. La vue sur le massif est splendide. C’est superbe. La Meige la barre des Ecrins. Le Dévoluy…. du bonheur !Question basses couches, en avril après un hiver humide, c’est un peu austère. Malgré le soleil, l’herbe a des coloris pas très fun, assez foncés, voir bleutés. J »arrive dans les basses couches vers le fameux Lac, dans une ambiance « Les Rivières Pourpres ». Ca donne pas envie de se poser. J’avais vu des photos aux verts magnifiques, je suis un peu déçu. Je temporise mes ardeurs et reste très concentré sur la réussite de ce vol. Malgré la brise et le flux dans le bon sens, je réfléchis à 2 fois avant chaque décision. Je n’ai jamais volé ici et beaucoup ont échoué vers Corps. Notre Dame de Salette. C’est fait.

chaillol

Le Coiro, la clef de la réussite : je n’arrive pas à le chevaucher franchement. C’est chaud, il va falloir improviser. Redoutant de me faire enfermer en choisissant les faces Est (au vent), en manque d’informations visuelles et de connaissance sur le terrain, j’opte pour un cheminement vers le Taillefer en m’appuyant sur le relief plus à l’ouest (le Tabor) dont les faces Est passent juste à l’ombre (mais sont au vent aussi).Ca marche plutot bien avec comme prévu une brise forte dans cette vallée étroite qui me remontera même de bas en butant sur le Taillefer. Difficile de se hisser bien haut, le flux de sud en altitude est toujours aussi présent et va me pousser facilement vers Chamrousse. Reste à prendre une belle trajectoire pour ne pas trop se retrouver sous le vent des crêtes en début de transition. C’est superbe, tout est enneigé. Je décale un thermique en quittant mon massif enneigé, un vrai régal. La vallée avant d’arriver sur Chamrousse est très encaissée d’un côté, il y a des lignes électriques énormes mais j’ai beaucoup de marge.

Je savoure la vue sur Grenoble. J’arrive donc à la station de ski où je décalle un thermique, je suis poussé par du sud et je suis prêt à tracer le long de Belledonne pour dévorer les kilomètres. Malheureusement le soleil des Alpes du Nord perd vite de la puissance avec l’heure avancée. Ca monte péniblement à 2000 et je choisis assez rapidement de passer à l’étage du bas pour ne pas risquer de poser dans un trou sur le plateau vers Theys. Le petit col qu’il faut passer pour joindre Allevard me semble en effet assez problématique avec les conditions agonisantes, il est tard. Je reconnais St-Hil et l’atterrissage de Lumbin. L’étage du bas ne donne plus grand chose et après avoir bricolé dans une zone brassée et confluente d’où j’espérais sortir quelque chose, je décide d’arrêter de faire tourner le compteur et de rentrer me poser sagement à l’atterro de Lumbin. J’avais des problèmes de réception radio durant le vol et je n’ai pas entendu grand chose.

Après l’euphorie et la satisfaction, il vient l’heure des news où j’apprends que ce diable de Jean-Paul est posé à coté !!! Il est passé par le Mont Guillaume et s’y est repris à 2 fois pour se remettre en route. C’était sans doute le choix de la raison que j’aurais fait si je ne t’avais pas suivi, Diamir. Timothée (lebipbip.com) qui a partagé mon enthousiasme dès l’atterrissage a pris les choses en main pour retrouver JPT posé « en face de St-Hil ». Et chez Vic et Carine, avec JPT c’est une délicieuse soirée. Fatigués mais si heureux ! Merci encore pour votre hospitalité. Avec JPT, on est encore sur un petit nuage…
jpt

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