Col de Bleine – Monte Viso – Briançon

Mai 2014, le second bon gros vol de l’année. Un rêve qui se réalise : s’approcher de Monviso.

Visite à sa Majesté Monviso

Le 5 mai 2014, 160 km

http://www.xcontest.org/world/en/flights/detail:pascamax/5.5.2014/08:53

Quand le narcissisme prend le pas sur la spontanéité, quand on a des choses à prouver, quand on pense avoir un rang à tenir, quand on se prend au sérieux, quand on se compare la bite, on vole avec une aura assez négative, sans s’en rendre compte. Je joue dans un style qui n’est définitivement pas le mien depuis quelques temps.

J’ai inconsciemment besoin de toucher le fond, j’ai envie d’un tas libératoire, je fais un tas libératoire. Merde, il n’y a pas de voiture en bas, où est la voiture ??? Décidemment tout était mieux avant. Jean-Paul, mon mentor, mon partenaire de toujours, mon maître, redescend me chercher comme un père serait allé recupérer son fils chez les gendarmes après une petite connerie, avec empathie et bienveillance. Merci à toi.

Mais la dynamique merdique reprend, le tas n’a rien débloqué. Je revole de plus belle avec mon aura de looser. Je poursuis Benoit Hook, malgré tous mes doûtes quant au chemin direct vers l’ouest. Je me dis qu’avec ma superbe aile et ce lièvre de choix, je perforerai cet ouest. Je veux aller contre, je veux pousser, je veux prouver, je veux perfer. Je suis au stade, il y aura des décomptes à la fin.

En commençant à mobiliser mon énergie pour me tirer par le haut de mon endroit bosselé de Vauplane, un coup d’oeil vers l’Est et c’est tout cet état d’esprit mentionné plus haut qui me saute à la gueule comme une évidence. Ces coins patinés autour de Saint-André, au fond de moi, je les déteste. J’ai fait ce que je souhaitais y faire. Je les ai trop vus, depuis bien longtemps, ils n’ont presque aucune saveur.

Pour qui connait les délices de l’Est, l’Ouest n’est qu’une simple mascarade en terme d’aventures. On te le vend dans les magazines, on te l’enrobe de chiffres, 100, 200 bientôt 300, on y réunit le microcosme, il gonfle ton égo et tu l’aimes par faiblesse.

Voler performance. Voler sport. Penser sport. Mouiller le maillot. Pousser le barreau. Gunners clonés. Itinéraires insipides. Parapente-Daube. Coupe Fédérale de mes Couilles. Itinéraires labellisés. Apprentis aux dents longues. Vol de bisounours. Gagne-petits. Grapilleurs. Politiquement Correct. Mérite mesurable. XC planner.

JE FAIS UN GROS FUCK A TOUTES CES VALEURS DE MERDE QUI ME CONTAMINAIENT A PETIT FEU !

LET’S GO WILD, LET’S GO HARDCORE, LET’S FEEL ALIVE, LET’S LEARN

Mon coeur est à l’Est, au coeur du Massif. La partie noble. La partie où l’on ne triche pas. Mes héros s’appellent Capra, Baldi, Viard et tous ceux qui ont ouvert et que je ne connais pas. On ne sait pas combien ils ont fait de kilomètres, il n’y a pas de traces, on s’en branle. Ils ont ouvert, ils y sont allés !

En 2 secondes, je visualise tout ce qui me tend les bras. Il m’a suffit de tourner le dos au stade pour partir dans la Montagne. Ce qui s’annonce sur mon chemin est réjouissant !!! Les conditions pourraient s’avérer bien sympa, l’ Italie semble en promettre également. Inconnu, inédit, pimenté. C’est ça ou rien.

Une trajectoire directe vers le Dome de Barot, avec des relais évidents. Il fallait vraiment être autiste pour ne pas saisir l’opportunité. Je suis guéri, rétabli, fort, surmotivé, en accord avec mes rêves les plus intimes, simplement redevenu moi-même. Une bouffée d’ondes positives m’envahit. Tout est si simple maintenant : voler, se faire plaisir, découvrir, vivre ses rêves, découvrir encore, toujours, rendre les choses faciles, prendre ce que l’on peut. Ne surtout pas voler trop vite. Se laisser le temps de graver le rêve dans sa mémoire. Résister à l’envie de se poser en plein milieu de la journée dans un coin idyllique, repu de bonheur et d’émotions, avec le désir de partager sa joie. Mais non, on continuera jusqu’à la nuit et on prendra tout ce que l’air nous offrira.

Reprenons donc : la Révélation passe alors que je suis à Vauplane.

Je fonce direct sous le vent vers mon petit coin magique. Yes ! Cela me pique déjà, ça revit, on retrouve la saveur boisée de l’Italie. Avec la certitude que ça va passer comme ça l’a dejà fait. Avec la certitude que mon coeur va se serrer quand ma finesse va diminuer. Avec la certitude que ça ne peut que remonter dans ce petit coin magique. Boom. Un petit gain. Un gros gain.

Je vole maintenant à une altitude confortable dans un tourbillon de feuilles mortes, des centaines, aux trajectoires chaotiques, qui n’hésitent pas à me percuter, sombres et froides. Nous finissons tous au plaf. J’aime le parapente quand c’est facile, j’aime le rendre facile. Je regarde où je vais évoluer et je m’en lèche les babines.

Le relai avant le Dome de Barrot est digne d’un mois de mars. C’est dans une masse d’air parfaitement dosée en humidité, smooth et mordante, avec le vent pour ami que je joue. Je me laisse volontiers absorber dans la vapeur. Je regarde en dessous, c’est une alternance féérique de blanc de rouge et de vert. Le Colorado, tu ne vas pas le trouver dans ton magazine.

Le joyau du 06 est maintenant à ma portée, c’est la trajectoire directe vers la Colmiane. Quelle magnifique idée de creuser un canyon dans cette rhyolite que je survole ! Elle est friable, elle casse net mais elle sait aussi s’accumuler par petits cailloux, formant de belles rondeurs.

C’est énorme ! La Clue du Raton, les Gorges du Cians. Je m’arrête pile au dessus de la rivière pour voler 2-3 tours.

Quelques secondes d’émotion, je viens de réaliser la ligne qui me manquait. Cette pensée est loin de me monopoliser longtemps tant il y a encore à prendre.

Pendant la transition vers Rimplas, le Viso se montre, s’affirme peu à peu, il sait se faire remarquer. On n’ose pas se l’avouer, on préfère profiter du moment présent. On regarde aussi plus près, du côté de l’Argentera.

A Rimplas, je suis à 100% dans mon élément. J’adore.

Je savoure. Je suis en éveil. Je suis en analyse. J’ai un zeste de peur coincé entre la raison et les hormones. Je suis humble. Je pondère les options. Je synthétise mes connaissances. Je réuni mes expériences. Et accessoirement je visse aussi du bon gros thermique !

Transiter de la Colmiane au Saint Sauveur : Facile. En bas c’est l’endroit le plus moche du coin vers Valabre, mais on est quand même dans un Parc.

Se retrouver contré par l’Ouest en arrivant. Perturbant. Tonifiant. Là ça commence à sérieusement envoyer du lourd, mais je suis à la hauteur.

Ensuite il faut se laisser le temps de choisir. Isola. Prendre une dernière bouffée d’images et de contrastes avec les yeux avant de se laisser aspirer. Parce que ce serait quand même une erreur heureuse. Perdre le cap. S’en amuser. Rester calme. Profiter de l’altitude. C’est un peu long quand même, quand est-ce que l’on sort ?

C’est bon, repères retrouvés !

Il suffit maintenant de lâcher prise et…. se lancer.

YES YES YES YES YES c’est donc parti. J’ai commencé à m’engager pour un axe direct Isola – Viso. Je vois le Viso. Je vais au Viso. Mon Viso.

J’adore plus que tout ces moments où je survole l’inconnu.

Partir d’Isola vers l’Italie est un fantasme qui a bien du habiter quelques pilotes. Pour ce qui me concerne, il était resté à l’état de frustration en mars 2009. Je me retrouvais au même endroit, au départ de Bleine également. J’avais renoncé à un glide final vers l’italie pour viser Isola 2000. J’avais eu quelques secondes pour me décider, il était tard…. En été au dessus de Saint Etienne de Tinée cela m’avait bien tenté aussi 2-3 fois.

Le plan est donc de passer par des moyens reliefs (2500m) pour franchir 2-3 vallées et aboutir devant sa Majesté pour s’y incliner et le saluer.

C’est superbe. Quelle vue insolite ! Quel bonheur ! Un cadre entièrement nouveau !

Je suis assez incertain sur la tendance au point d’aboutissement de la première transition. C’est assez confluant avec des valeurs faibles. Vent SO vs brises Est. Ca me laisse donc tout loisir d’enrouler sereinement sur les sommets. Contempler cette magnifique vallée, étonnement luxuriante et sèche. Il y aurait matière à y voler des heures tellement elle est longue et parsemée de variété. Je garde toutes ces superbes images pour moi.

Les 2 oiseaux que je rencontre me semblent gauches, ils battent souvent des ailes alors que ça monte sans équivoque. Je me retrouve sur un espéce de plateau entre les 2 vallées, parsemé d’une montagne. Je ride à la limite herbe neige et je suis alimenté régulièrement en vario positif. Tout se passe à merveille.

Encore 2 oiseaux, encore une fois ça monte mieux dans mon coin. Il est temps de sauter la vallée suivante. Ce n’est pas évident de faire le nuage, je n’y arrive pas, ce n’est pas grave, il y a de la marge. Je transite en confiance.

J’arrive sur la crête qui finit sur le site de Dronero a une dizaine de km a l’est. Je pense être déjà allé ici, mais au niveau des crêtes, contrarié par des nuages. Je regardais en bas et je n’avais pas du tout envie de sombrer. Je suis pile 100 m au dessus de la partie plus minérale et engagée on dirait. Ceci est bien plus bas que j’aurais accepté lors de ma première visite ici, mais les conditions sont bien plus propices.

Ca bricole bien 5 minutes au début histoire de bien étudier les possibilités limitées et probablement piégeuses d’atterrisage en bas. Finalement ça monte, je poursuis la crete vers l’ouest pour m’aligner en face du Viso. Cela n’avait pas été possible la première fois ici.

Je suis maintenant vraiment proche de cette énorme pyramide. Son replat au sud est surmonté de nuages. Probalement à moins de 3.000.

Tant pis pour le sommet. Je me fais néanmoins un point d’honneur à en toucher un contrefort immédiat. Je transite donc.

Pour la partie visée, je privilégie l’aspect thermique par rapport aux considérations dynamiques. C’est une erreur, la brise est forte. Finalement après m’être employé une ou deux minutes à enrouler un thermique bien ballayé, je me plie aux volontés des courants et je préfère me laisser emporter avec des belles finesses.

Je retransite pour aboutir sur une créte mieux orientée, je peine à faire le plaf officiel, cela ne m’arrange pas il est trop à l’Ouest.

Fort du gaz repris, je repars vers le Viso, je me refais emporter avec certitude par la brise jusq’au point où elle ne pourra plus s’achapper que par le haut. C’est à 50m sol que je me refais. Les lacets, la falaise, puis du thermique droit, tout cela fait mon affaire et je remonte à une altitude confortable.

Je regarde un peu ce joyeux bordel topologique. Finalement retour sur la face ou je m’étais fait emporté sans pouvoir enrouler : en considérant les choses de plus haut, c’est plus simple. Enfin ma compréhension de ce qui se passe est très limitée.

Je vois 3 solutions.

  • Se rapprocher du sommet mais le paf me semble etre vers les 3300-3400. La mer de nuage « Nebia » gagne par le nord, bien moins haute.
  • Faciliter un retour vers la maison en visant Dronero puis Mondovi.
  • Tenter de passer par le col Agnel pour rentrer en France vers Molines.

Commeçons d’abord par tenter cette troisième option. Le plaf et on y va ! Merde ça ne passe pas. Au niveau du col la brise bien de France 🙁 Je fais demi tour et je sens du vent qui dégouline du Nord Est. Quel brodel !

Je refais le plein, je m’applique à le faire le plus à l’ouest possible pour me rapprocher.

Ca va passer ! Bye bye Viso !!!

Eh eh du calme. Il ne faut quand même pas faire n’importe quoi Pasc ! Je suis en short, il y a de la neige à perte de vue partout après le col… Enfin, il faut bien prendre une décision je n’ai absolument pas la marge pour tergiverser plus de quelques secondes ! Et bah voilà. Je passe car ça passe.

C’est énorme. J’adore cette sensation. Bye bye Chianale, une pensée pour Ingmar et sa trace qui m’avait tant nourri.

Donc après 30 secondes de joie furieuse me revoici face à la réalité. De la neige partout et une brise de face. Une vallée avec une pente plus faible que mon aile… L’issue est le glide, le cheminement de pente enneigée. Je n’ai plus qu’à prier pour gagner le sec, l’herbe, le contraste, le convectif…

Et ça marche… de très peu !

J’avais peur d’arriver un peu bas dans du thermique faiblard ou étroit, mais c’est enroulable.. 2 oiseaux me montrent que c’est meme largissime, c’est une vraie orgie d’air ascendant. Si près du fond de la vallée, cela est magique.Du gaz. J’adore ces crêtes, c’est 3500 le plaf de base ici. A 3000 tu ne fais pas le malin, tu es juste bas. Je m’apprête à remasteriser une section déjà faite en octobre 2013 : passage au dessus du village d’Aiguille.

L’idéal pour se réurbaniser en douceur serait de repasser au nord par le col d’Izoard, mais il y a trop d’obstacles à mon sens : vent, brise, neige.

Je m’applique à décaller ce superbe thermique doux du soir jusqu’au petit nuage. 3200 quand même.

Mission accomplie ! On passera donc encore un col, le col de Malrit. On sera encore pertubé de se jeter dans un versant copieusement enneigé. Même sensation qu’au col Agnel, avec un peu plus de marge.

C’est la même issue dès le sec retrouvé. Je remonte dans un tout dernier thermique. Je me tate pour un glide de folie dans le « magic air » au milieu d’une vallée italienne pour allonger à max et marcher toute la nuit… mais en fait non, je me rapproche de Briançon… heureux et rempli d’images mythiques. L’aventure est finie.

Je choisis un plan bien pourri pour économiser de la marche. Passer au vent sur Cervières. En fait de l’air froid coule du Nord, c’est ultra pourrissime. Je fais 5 minutes de pilotage et j’ai finalement droit à une finale super saine face au dégueuli catabatique.

1h30 de marche plus tard, Briançon, l’hotel, les souvenirs… et une pensée pour Benoit, Dgilou… et maintenant Bruno.

Voilà, c’est fait.

Il ne reste qu'un commentaire Aller aux commentaires

  1. Farrugia /

    J’adore !!!

Laisser un commentaire