Sospel – Tende – Prato Nevoso

Avec Benoit Outters, nous sommes partis un dimanche soir pour camper à Sospel. Nous avions l’intention de mieux optimiser nos choix de matériel pour une semaine de vol bivouac à venir. Evidemment la semaine n’a pas eu lieu à cause de la météo, par contre le petit vol du lendemain s’est transformé en un truc énorme !

Nous passons une très bonne soirée au Monte Grosso, en mode « Vol Bivouac Amélioré », proximité de la voiture oblige 😉 C’est une symphonie d’éclairs de Gênes à Mondovi que nous contemplons durant des heures.

Le vol du lendemain devrait être anecdotique pour cause d’ouest soutenu. Sospel sera peut-être le seul coin volable.

La nature me réveille, ainsi que Benoit, pour profiter de l’aube. C’est un sacré joli spectacle depuis notre belvédère. Ensuite chacun replonge dans sa tente pour 2 ou 3 cycles d’un sommeil bien appréciable.

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Nous descendons déposer dans la voiture qui est 100 m plus bas quelques affaires et détritus. Ce qui se trame probablement, malgré les conditions parfaites au déco, est une remontée Sospel-Mont-Gros avec le matos sur le dos.

Estimant que tricher avec l’éthique c’est bien, mais qu’en garder un petit peu c’est mieux, je prends avec moi de quoi dormir. Bye bye réchaud, nourriture et tous ces grammes qui s’accumulent par centaines et qui ne manquent pas de faire de moi une loque rampante. Après quatre heures à porter mon sac, je verrai bien si je peux me permettre davantage de confort.

Benoit lui a beaucoup de marge en terme de poids du matériel, de condition physique et d’expérience du bivouac. Il prend donc tout son équipement (réchaud etc.).

Nous décollons dans des conditions prometteuses. L’ouest ne serait pas un problème si on avait des vrais bons gros thermiques. Mais malheureusement nous nous s’apercevons vite que c’est très faiblard… et donc que ça dérive.

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Benoit arrive à monter plus haut en acceptant cette dérive. Pour ma part je misère un peu vers le Fort et je pars pour une longue prospection au vent, sous la Baisse des Canons. Lui choisit plutôt, fort de son gaz, de travailler le Viroulet (au nord). N’y trouvant rien, il doit ensuite misérer sur les faces Est du Mangiabo. Quand je commence à retrouver un peu l’espoir, Benoit est au plaf et se pose au Mangiabo pour m’attendre. Pour la synchro on fera mieux, mais l’essentiel c’est le résultat.

Nous voilà maintenant en route vers le nord avec Benoit qui redécolle. Le thermique du Ventabren a une sacrée dérive. Il me semble qu’il sera plutôt heureux de ne pas continuer en direction de la Colmiane pour ne pas s’exposer à l’Ouest soutenu. Aussi, je décide de tracer coté Est vers Tende.

Bon n’allons pas trop vite en besogne. Le plaf est assez médiocre, c’est stable en bas. On est au dessus de prairies certes, mais un mauvais choix et les choses peuvent vite devenir un cauchemar dans le coin. (Vallée de la Roya, Fontan, Tende… en fond de vallée). Donc on s’accroche, on reste maitre de la partie. Dans ces situations j’aime bien débrancher le mode pilote de cross pour mettre en route l’être contemplatif en moi qui réalise un rêve. Si ca ne veut pas monter mais que l’on se maintient sans peine, alors changeons d’objectif est profitons de la vue.

Ce coin fût tant désiré! Je suis en train de faire Sospel – Tende. Je ne suis pas le premier ni le dernier, mais je ne l’ai jamais fait et la vue d’où je suis est super CLASSE ! Il y a tant de choses à voir… Bipbipbipbipbipbipbipbipbip….

…bipbipbipbipbipbipbipbipbip : En 1 seconde j’ai abandonné mes pensées contemplatives pour mettre ma brave machine sur la tranche : j’accroche le boulet tonique qui franchira l’inversion. Puis je me retrouve face à l’ouest et je me fais encore bien démolir. Il faut bien en passer par là pour se barrer !

Je fausse compagnie à Benoit qui était encore avec moi il n’y a pas 3 minutes. Etant arrivé un peu plus tard, il n’avait pas porté suffisamment sa croix.

A l’est du Bego les choses sont bien plus faciles et matérialisées : ça monte partout et le seul danger est l’ombre qui finira par anesthésier le coin… ou pas. L’Ouest m’éjecte néanmoins insidieusement et comme je vois que Benoit commence à être bien haut sur la crête précédente, je poursuis vers Tende.

Quelle grosse jubilation d’arriver sur Tende en cross ! Je n’ai jamais été pressé de le faire, je savais qu’un jour j’y aurai droit et de belle manière. Jusqu’au dernier moment le glide n’est pas aidé par la brise ni par l’ouest mais plutot contré par un petit retour d’Est.
Ah ! C’est qu’il se passe quelques bizarreries dans cet endroit bien abrité par des sommets à presque 3000 !

Je repense à mon premier vol de durée dans le dynamique de Cagnourine, à Gaby mon professeur, puis aux wagas. Je pense aussi à nos vols rando du Bertrand et du Marguerais. Je pense à Loliv et les autres copains, à ce repas surréaliste au « Prieuré ». Je repense aussi à cette rando de l’hiver dernier, prémisse de tragédies. Je pense enfin à ma tentative ridicule de rando solitaire, avec un lever à 4 heures du matin pour oublier les chaussures et les raquettes 😉

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Sur cette créte que l’on avait randonnée, au dessus de Cagnourine, ça monte bien fort. Je décide de croiser vers l’Abysse, la sentinelle décidera de la suite de notre vol.
Je passe au sud du Col de Tende et je repense encore à plein de choses, notamment un sacré vol fait avec Loliv dans le bocal (c’était bien avant qu’il gagne un Marche ou Vol).

Donc voilà, l’Abysse ne donne pas grand chose. Je suis à hauteur du sommet. Ca me semble un peu hasardeux de me lancer coté Italien de là, d’autant plus que Benoit arrive juste à Tende. Certes ce serait sympa d’aller vers le Viso, mais je préfère temporiser, rejoindre Benoit et voir comment on peut évoluer ensuite.

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Horreur ! En plus de ma malchance chronique avec mes radios, je m’apercois que le boitier de batterie de ma VHF a disparu. Je cherche partout dans le cocon pendant 5 minutes et je ne trouve rien. Finalement le diable réapparait dans un pli de ma veste, en position plus que précaire ! Je le chope avant qu’il ne fasse le grand saut vers l’entrée du tunnel.

J’arrive aux crêtes et je sombre, je sombre, je sombre… ça va mal finir cette histoire si ça continue… ouf je ressors finalement et rejoint Benoit qui plombait lui aussi doucement en m’attendant.

Le Bertand et le Saccarel sont sérieusement chargés, j’aurais bien aimé revenir au sud grace à eux… mais j’ai pour principe de ne pas survoler cette Italie boisée quand il y a de l’ombre. Trop de cauchemars où je sombrais peu à peu dans ces coins perdus qui s’essouflaient. Pas question !

En fait, nous sommes dans un coin assez retors ou cela ne monte pas souvent. La crête frontière se disloque ici. Je me suis déjà fait avoir au même endroit en allant la fleur au fusil vers le Col de Seigneurs sans avoir pu prendre quoi que ce soit qui monte avant.

Les reliefs s’arrondissent, le sol remonte brusquement… on se croirait sur des petites buttes minables « made in plaine ».

Nous bricolons sous le vent d’une butte sans franchement monter et en nous laissant dériver. La brise qui gagne est celle du sud. Nous partons sous le vent coté Italie, sur les faces ouest, nous allons chercher de la hauteur sol, du soleil et de la confluence.

Ca marche. Je croise une bonne minasse sur ce sommet, le même que je voulais faire en rando et qui s’est refusé déjà 2 fois. Benoit y a droit aussi d’un peu plus bas.

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C’est fantastique. Le plaf nous donne une perspective très réjouissante !!! M A R G U E R A I S !!!
Je deviens fou !!! YESSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSS !
Il est assez excentré ce bon vieux Marguereis, avec sa douve formée de replats shistiques et de stabilité, c’est un vrai chateau fort ! Je le pensais difficilement accessible depuis Tende.

Mais nous allons le prendre , les nuages en attestent ! YESSSSSSSSSSSSSSSSSS

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Ensuite nous restons sur cette ligne en direction de l’Est, avec les nuages qui se forment et le plafs qui baissent sur tout le coté Sud. C’est magnifique !

Je contemple tout cela en m’efforcant de rester haut, décallé sur le coté Nord des crêtes. C’est certes légérement sous le vent mais l’air y est plus sec et les plafonds plus hauts. Benoit suit dans la même logique, sacrifiant un peu ces plafs pour me suivre.

Arrivé au sud de Prato Nevoso (qur l’on appelle des fois Mondovi), se dresse une énorme étendue minérale. Je soigne mon gain pour m’y lancer mais étonnament ça ne donne rien. Est-ce car nous sommes sous le vent d’un col ? Est-ce car je n’ai que brièvement prospecté, me repliant vite au Nord avant que le piège ne se referme ?

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Finalement en se repliant sur la vallée au Nord, sombrant peu, le doute s’installe. Nous trouvons finalement avec Benoit à mi-pente, une face sud (donc face au catabatique et au soleil) qui nous propulse de plus en plus fort au plaf. Quelle magie !

L’itinéraire est tout tracé pour poursuivre vers l’Est encore une vingtaine de kilomètres. Suite à quoi il aurait fallu s’adapter et découvrir comment poursuivre le vol sur la fin de massif, entre brises du Po, brise de Mer, vallées boisées etc.

Finalement en mettant dans la balance ce que nous avons accompli, le bivouac à venir, la voiture à récupérer au Mont Grosso, le boulot de Benoit le sur-lendemain, nous renonçons à poursuivre l’aventure du vol.

Nous renonçons à finir le parcours que le ciel nous dictait vers l’est pour nous poser à Prato Nevoso, zone à la fois urbanisée pour se ravitailler et décollage évident et matinal pour le lendemain.

Nous posons en altitude pour éviter les pièges de la station. Un refuge tenu par une magnifique femme pour le gouter. Une heure pour descendre à la station. C’était le bon choix de ne pas s’y poser.

Finalement le coin est assez désert et bien plus étagé qu’il m’avait semblé en y passant en voiture. Il fait chaud, chaud…

Nous nous ravitaillons un peu et nous remontons jusqu’au décollage pour nous installer. Benoit nous fait un superbe repas avec pates biere et brochettes de fortune.

Le lendemain s’avèrera très humide et on se contentera d’un très généreux plouf amélioré.  Nous sommes déjà bien heureux de décoller quelques minutes avant que les nuages ne prennent le déco.

Le retour se fait assez bien, les stop s’enchainant facilement. Mais à Breil-sur-Roya, c’est une heure d’attente et de doute en plein cagnard qui m’épuise. Stoppant a proximité d’un lotissement et d’une maison de retraite, ce ne sont pas les voitures et l’espoir qui manquent, mais à chaque fois c’est la même déception : personne ne va donc vers ce maudit Col de Bruis !!!

Finalement on nous y emmène. Il ne reste plus qu’une « petite » rando de plus en plus raide vers le Monte Grosso. Je prends conscience que la fatigue s’accumule après les « petites » marches d’hier et la journée de stop sous le cagnard. Au sommet, c’est le plaisir !

Benoit descend en volant pendant que je descend la voiture. C’est fini !

C’étaient 2 super journées. Un vol de folie, de bons moments, dans des coins sympas… le top ! Mais plus que tout, partager tout cela donne une dimension vraiment sympa à ces deux jours : Benoit, on a pris le Marguareis !!! YESSSS YESSSS YESSSS

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