Colmiane – Argentera – Col de Tende

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Après une belle période en bord de mer soldée par un joli circuit entre Roquebrune, Isolabona et Sospel avec JPT et Benoit Outters, il semble que les conditions propices se trouvent au coeur des massifs.

Dans les Pyrénées, dans le Queyras et les Ecrins, et même autour du Mont-Blanc les plafs sont à plus de 4000 et les pilotes se gavent. J’assiste aux autocélébrations Facebook avec un regard lointain. Les prévisions ne fument pas dans nos montagnes de l’extreme sud.

Mais samedi 1er novembre, un banal vol rando organisé par notre club Augredelair à Isola se transforme en gavade en règle le long de la Tinée. Des plafs à 3500 et une vue à couper le souffle! Je n’y étais pas, mais les photos de la sortie et le témoignage de Benoit Outters me forcent à m’intéresser à tout cela. C’était sur-fumant et sans vent !!!!

  • P: … et avec ces conditions de folie tu as juste fait du cirage de Tinée entre Isola et Saint-Etienne ?
  • B: bah ouais 🙁 et ils m’ont forcé à me poser tôt pour rentrer
  • P: mais quel gâchis !!! et demain j’ai rendez-vous pour le travail 🙁 …de toute façon c’est moins bon demain…
  • B: et moi demain je suis inscrit au Trail des Baous 🙁 …de toute façon c’est moins bon demain…

…une heure plus tard

  • P: Je pense sérieusement à planter mon RDV
  • B: Je pense sérieusement à planter ma course

Dans ma tête l’affaire est réglée : demain il y a 50% de chances que ce soit vraiment pas mal, et si ça le fait, il sera possible de faire l’ARGENTERA depuis la Colmiane

L’Argentera, c’est :

  • Le plus haut sommet des Alpes de l’extrême Sud, 3297m, c’est plus haut que le Gélas et surtout, l’Argentera est d’une toute autre ampleur.
  • C’est une montagne assez excentrée de la ligne de crête frontalière, située sur le sol Italien, elle est probablement un peu plus facile à faire depuis Dronero ou Prato Nervoso que depuis l’Ouest. Dans tous les cas, à moins d’une journée de vol historique où tout est facile, on n’arrive pas là par hasard.

Pour moi, l’Argentera a une saveur très particulière. Il n’y en a pas de plus haute, de plus tordue, de plus excentrée, de plus inaccessible, de plus vertigineuse et pourtant curieusement c’est la moins connue, la moins convoitée…

L’Argentera, c’est le Graal, le territoire inconnu mon carnet de vol. Cette simple raison va faire monter, au fil des heures, une énorme motivation. De l’énergie m’envahit. Un enthousiasme simple et sans équivoque va désormais m’animer.

Durant la nuit, je me vois réussir à transiter sur LA montagne ! Je me vois également frissonner en posant hyper précis au barrage du Boréon. Je me vois également profiter avec bonheur d’une journée stable qui ne donnerait pas assez, en racontant des conneries avec mes 2 copains.

Dimanche matin, nous partons donc avec Benoit et Bruno. Nous prenons 2 voitures au cas où.
Le voile côtier opaque qui tente de donner raison aux prévisions les plus pessimistes n’effleure même pas un centième de notre détermination. Les meilleures prévisions à Auron non plus.

Durant le trajet je briffe un peu Bruno, je sens bien qu’il restera dans ses marges. Les doutes et les incertitudes qu’il tente de dissimuler ne sont pas contagieux. Mieux, Bruno transmet du calme et de la bienveillance. Je sais aussi que si la journée est excellente et qu’il juge qu’il peut prendre le chemin, il le prendra.

Nous nous rendons un peu plus haut que le décollage de Veillos, grâce à un petit extra de 10 minutes de marche dans les pentes.

Un encas peu réussi à la boulangerie de Saint-Martin-du-Var me force à lever le pied, la marche au soleil dans les pentes raides me coûte de plus en plus et je me mets en mode économie. Une brute épaisse vient à mon aide pour porter mon sac dans les derniers 50 mètres.

Les conditions faiblardes et stables me permettront de bien me reposer.

Benoit décolle et part à gauche du coté des optimistes. Entre le doute inspiré par la vision de la Hook dans du faiblard et mon aile qui souhaite faire des hélicos au sol au lieu de se mettre proprement sur ma tête, c’est environ 30 minutes plus tard que je décolle, suivi par Bruno.

J’arrive d’emblée à monter assez méthodiquement depuis le déco jusqu’au sommet du Pépoiri. J’attends Bruno qui a du passer par la pompe à Gaby et Benoit qui est allé vers le Giraud.

Le plaf ne monte pas. C’est assez stable et cyclique. 2800 c’est bien peu. Le processus de prises de décisions se met en marche.

Déja, l’air nous offre la possibilité de commencer notre chemin, ce n’est pas si mal. Profitons-en pendant que la porte est ouverte, elle pourrait se refermer. L’aventure commence donc !

Au Mont Archas, c’est compliqué, même pour les oiseaux. Benoit a bien fait de tout enrouler en chemin. C’est vraiment très laborieux pour monter. Finalement en s’employant nous nous retrouvons tous les 2 synchro sous le nuage.

2800 encore une fois, c’est si peu. Mais encore une fois, le chemin peut continuer et c’est l’essentiel. L’Argentera est au loin, elle nous appelle.

L’engagement monte d’un cran. Notre faible altitude nous force à taper au plus court sur la Cime de Rogué. Ce n’est pas ce qui était prévu mais bon…. La montagne se rapproche et immédiatement au contact, c’est le bonheur ! Le soulagement arrive avant même de pouvoir ressentir de la crainte. Je rencontre directement un thermique sans équivoque qui va me conduire au nuage. Quelque chose de bien consistant quand on en a le plus besoin, ça fait plaisir !

Benoit arrive un petit peu plus bas mais ça marche aussi pour lui.

3100 au nuage. Ce n’est pas assez pour naviguer confortablement au sommet des crêtes en passant à notre droite par la  Cime Guilié (où les cums semblent plus bas).

C’est donc peu… mais c’est quand même gagné ! Il y a assez pour taper à mi-face dans L’Argentera. Au pire nous la chatouillerons un petit moment et nous nous poserons au pied ! YESSSSS

La vue est bien sympathique par ici, on voit que l’air est plus sec en Italie. Transitons !

Je prospecte un petit peu en arrondissant ma trajectoire vers le sud et je fini collé aux milieu des pentes de l’Argentera face à une tendance de vent assez marquée descendant la vallée. Shit ! Je décide de me laisser emporter en décallant ce qui peut l’être pour arriver vers un zone plus propice. Benoit arrive un petit peu plus haut et travaille avec succès la zone que je viens de quitter.

Je choisis de bricoler à l’instinct comme si je n’avais rien vu et je commence à remonter sur une pente herbeuse bien raide où je m’arrange pour que mon ombre surprenne un randonneur solitaire 🙂

Connexion ensuite sur les faces les plus raides de la face Ouest, je les escalade mètre par mètre, c’est grandiose et impressionnant ! Benoit m’attend au dessus de l’arrête sommitale.

Ce petit bricolage de convecteur vertical ne suffira pas à me hisser au sommet. Il me faut retourner dans le large cirque minéral rechercher une énergie suffisante. Je dois forcer un mini col rocheux pour revenir dans la zone où Benoit est monté. Ca bouge un peu. C’est une question vitale de tenir son aile ! Enorme sensation que de passer dans ce V minéral !

Yes ! Je rejoins finalement Benoit ! Sommet de l’Argentera 3300 !!!! Yesss !

Quelle vue, quelle joie ! On célèbre ça par des cris, puis on a du mal a communiquer et à se concerter pour la suite. Difficile de lâcher les commandes pour parler à la radio, ça brasse.

En ce qui me concerne, je juge qu’il va être assez compliqué de rentrer. Je n’ai pas vraiment envie de rajouter un engagement supplémentaire avec un retour incertain dans les endroits les plus hostiles que l’ont a fuits au début.

L’euphorie voudrait nous conduire au Gélas ou sur un retour triomphant par le chemin inverse. Mais mon expérience me conduit plutôt à simplifier. Chercher la facilité, pour laisser le paroxysme du vol là où il doit être. Chercher la simplicité, pour que la logique de l’air dicte le vol. De là où nous sommes, l’inconnu nous tend encore les bras !

La France commence à s’humidifier en on voit que les plafs ne sont pas mieux que ceux que l’on a péniblement faits. Nous sommes pour la première fois du vol sur une ligne assez confortable dans le massif, entre la plaine du Po et la ligne de crêtes frontalières, avec un air plus sec, des belles faces au soleil et une alimentation continue en air froid venant du Nord. Nous pouvons en profiter pour tenter de finir vers le Viso ou faciliter le retour en visant le col de Tende… les 2 options me semblent les plus propices.

Le Viso est loin, il est quand même déjà tard… et ce sera pratique de se rapprocher de Tende ! Nous allons donc descendre le massif de l’Argentera vers l’Est en refaisant 2 pleins sur des chouettes sommets du massif.

En quittant le sommet de l’Argentera, Benoit chemine un peu moins bien et passe rapidement sous les sommets. Bloqué par une arrête, il doit remonter. Pouvant passer, j’aurais bien snobé cette halte mais je tiens le thermique en l’attendant. Dès que je vois qu’il va ressortir impeccablement, je poursuis.

Nous nous retrouvons sur une pyramide herbeuse en face ouest. Sa face sud est magnifique ! Je suis émerveillé. Cela monte facilement. Le plaf réalisé va nous permettre de connecter une crête parfaitement orientée, au sud-ouest d’Entarque, qui va nous amener, si on arrive à la chevaucher, vers l’Abysse !

Voilà pour ce qui est du plan. Pendant le glide je sors l’appareil photo. Benoit commence à transiter. Nous contemplons les faces Nord-Est du Gélas, du Clapier, le Viso, Cuneo la plaine du Po etc.

En arrivant il se trouve que je suis bien contré, par 10-15kmh. J’avance en me faisant bien brasser près du relief en traversant des thermiques inenroulables. Une fois mieux positionné je fais un plein et peux continuer à avancer. Benoit réussit lui aussi à s’en sortir !!!

La vallée que l’on longe se sépare en 2, c’est la branche de droite en amont qui nous canalise ce vent en le faisant descendre la vallée. Quand nous passerons au niveau du point d’impact du vent de la vallée de droite avec notre crête tout sera plus facile, il s’en échappera aussi en direction du Sud.

Effectivement, enrouler devient plus simple, la dérive est aussi favorable.

En France les plafs sont plus bas. J’essaie de monter lentement le thermique pour attendre un peu la Hook et pour contempler notre massif par le Nord. C’est assez noir. Ca sent l’hiver qui approche. Ca sent novembre 😉

Le col qui mêne en France va se passer sans problème après un plaf facile. YESSSSSS. C’est la grosse jubilation, d’autant que je n’ai pas vraiment de doute sur la réussite de Benoit.

Au loin j’aperçois des ailes qui font du soaring dans ce magnifique endroit qu’est le col de Tende. Je salue les randonneurs au sommet de l’Abysse, puis quelques pilotes Italiens en l’air et je me pose au col euphorique !

Benoit pose à son tour et nous partageons ce grand bonheur. Quel vol mérité ! Quelle joie !

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Ensuite c’est assez facilement que nous trouvons des gens qui nous ramènent à Nice, c’est bien de poser dans des lieux touristiques ! Bruno nous apprends qu’il réussit à ramener les 2 voitures vers Nice grâce à son idée magique !

Quel génie !

Voilà, voilà… ça c’est fait.

Il va falloir se remotiver. Ce n’est pas les Graals qui manquent dans nos Alpes du Sud, mais comparé à l’Argentera…

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