Colmiane – Gélas AR

Jeudi s’annonce être la meilleure journée pour voler.

La veille, Benoit Outters me parle d’une belle journée pour partir au Nord avec un bon flux de Sud-Est, ou de la Colmiane où il serait possible de voler à l’abri du vent… il va même jusqu’à prononcer le mot magique « Gélas ». Malheureusement, je dois représenter à 9h chez un notaire de Nice un certain monsieur Loliv… et travailler le lendemain. Je regarde sommairement la météo et embarque mon aile dans la voiture. Un bon bocal à la Colmiane ne se refuse jamais.

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Le jeudi matin, les affaires s’éternisent mais je suis relax. J’arriverai bien à grappiller 1 heure ou 2 sur ce site magnifique.

Mais sur la route, l’état d’esprit change et je commence à bouillir. Je conduis de plus en plus vite.

J’arrive vers 11h30-12h et je retrouve Benoit qui est monté à pieds. Il me monte mon gros sac pour faire les 50 m de dénivelé… son matos est déjà tout prêt, Monsieur est bouillantissime.

Le timing est parfait, le ciel commence à s’animer.

Bon, comme il fallait bien oublier quelque chose, c’est la radio et l’appareil photo.

Benoit décolle et je le retrouve vers le Mont Giraud. Le flux de Sud Est est bien bien présent. Les thermiques sont sympas et le plaf recevrait à vue de nez une mention « honorable ».

Quelles sont donc nos options ?

Partir pour une distance libre ? Pas possible ni pour l’un ni pour l’autre. Aller à St-Etienne de Tinée et revenir par le Mounier ? Aller au Lauvet d’Ilonse, au Mounier puis revenir ?

Tous ces plans sont bien sympa, mais regardons dans la vraie direction ! Le mot magique a été lâché, ne nous laissons pas aller à une espèce de médiocrité !

Nous nous hissons sur le sommet le plus haut du coin, le Pepoiri, pour voir exactement de quoi il en retourne au niveau du vent.

Il semblait un peu fort dans les basses couches, mais en fait ça va. Nous montons jusqu’au nuage, voire davantage, à 3200. Ce n’est pas rien !

Les plafs sont bas et l’air est très humide coté italien. Difficile de dire ce qu’il se passe vers le Graal. A vu de nez, les plafs sont corrects, l’air est plus sec. Difficile d’estimer le vent et les turbulences. Tout cela sent quand même l’arnaque au niveau timing, avec des nuages qui prennent leurs aises autant en largeur qu’en hauteur.

C’est parti pour la transition. Benoit qui vise au plus court en direction de la crête au Nord de la Madone des Fenestres. Je ne suis pas super convaincu, surtout que ça porte et que ça pénètre finalement bien face au Sud-Est. L’opportunité de taper la crête plus au sud est trop tentante !

Quand je peux gagner une crête face à la brise pour voler + safe et faciliter mon repli, je le fais. Ce n’est pas gagné mais pour l’instant ça plane il faut le tenter. Je me force à accélérer pour bien montrer à Benoit que je prends une autre option.

Option au Nord

  • plus engagé
  • directe
  • itinéraire logique
  • transition vers le Gélas en raccrochant bas dans un cirque si plaf médiocre
  • retraite sur la Colmiane par le Mont-Archas

Option au Sud

  • retraite par le col de la Colmiane ou par Venasson
  • plus long
  • cheminement possible jusqu’au but, simplement en suivant les crêtes
  • pas de vraie transition obligatoire
  • plus d’ensoleillement potentiel

Benoit continue, nos trajectoires s’éloignent peu à peu. Je le vois arriver avec de la marge et enrouler presque aussitôt. Quant-à moi, je suis accueilli par du Sud-Est qui s’immisce à hauteur de crêtes. Je bricole mais je ne trouve pas grand chose quand des oiseaux me guident au large vers le thermique. J’enroule avec un petit groupe. Merci les amis.

Ensuite je crâme mon gaz en progressant face au Sud-Est. Je me retrouve vite au relief. Je n’arrive pas à plafer c’est mou, l’ombre gagne peu à peu toutes les confrontations. Mais je m’accroche et je bricole pour rester sur les sommets. J’ai espoir.

Benoît semble maintenant lutter sous sa crête, dans l’ombre… J’espère qu’il finira par trouver un truc enroulable.

Valette de Prals, haut lieu des vols rando que je découvre enfin par les airs. Classos ! L’essentiel était de passer coté Sud, c’est fait, sous les yeux des randonneurs, ça s’est fait de justesse.

Je rejoins donc une nouvelle face dont de nombreux pans sont encore au soleil. Les promesses sont tenues après quelques doûtes. J’arrive à prendre assez dans un thermique à la mollesse exigeante pour continuer le voyage au dessus des crêtes.

C’est parti mon kiki !!! 

Quelle claque ! Ca commence à être sérieusement magnifique par ici ! Je sens la jubilation monter. Je commence à m’engager au coeur d’un joyau. Quelle classe ! Je l’ai évidemment longtemps désirée cette petite ligne !

Les bips sont hélas toujours trop brefs et mous pour me soulever franchement. Je reste un peu inquiet. Je suis presque à portée de lasso 😉

Je me sens alpiniste, randonneur… Après coup, c’est  sympa d’avoir pu faire ce chemin sans pouvoir vraiment plafer.

Comme je n’ai pas de photos, je ressors un collector (une nuit à le maudire tout ce coin)DSCF1501

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Plus je progresse et plus je m’éloigne de la Vésubie, il faudrait maintenant trouver un peu de thermique, je suis au dessus du Lac. Tout devient à l’ombre…. Dans un col, avec d’énormes blocs de pierre, ça ne peut que monter !!! Yes, nous y voilà !!! C’est bon !

Quelle magnifique vue, je suis au centre du massif. Les vallées Italiennes se dévoilent.

Tout est calme et silencieux. Je suis assez serein, bien plus que ma première et seule fois (2011) où les conditions étaient fortes. Il faut juste rentrer vite fait sans faire de connerie, ça va aller.

Les nuages sont gros et les plafs assez bas, donc je préfère ne pas trop risquer de me faire engloutir. La base n’est vraiment pas loin du sommet.

Je ride les pentes du Graal avec fierté et entame le retour en contemplant l’Argentera. Magique.

Commence alors un jeu subtile pour rentrer, je passe par l’itinéraire de Benoit. Je module ma vitesse pour rester dans l’attraction du nuage, mais le plus bas possible.

Je cherche Benoit du regard. Mais où est-il maintenant, a-t-il fait le Graal lui aussi ? A-t-il cédé à une nouvelle tentation ?

Je vais arriver à rentrer sans faire un virage, le Graal s’éloigne dans le dos, son sommet est maintenant recouvert.

Benoit enroule la conflue de la Colmiane quand j’arrive. Je finis ma trajectoire sans un virage jusqu’à la voiture. C’est propre !

Pour finir, je joue un peu avec mon aile. Quelques waggas, des gros wings et aussi des simulations d’approches pour des posés à contre-pente ou à travers pente dans les pentes raides du haut. C’est assez dangereux ces conneries, ça demande un sacré sang froid, une belle précision et en plus il faut engager un peu la viande!

Quand j’en ai assez, je me pose sur le plat, c’est bien la méthode la plus simple, et de loin.

Yessssssssssssssssssssssss.

Benoit arrive un peu plus tard après être allé à Roquebilière. Il n’a pas pu faire le Graal et a du rebousser chemin en se refaisant sur le Mont Archas 🙁

Il ne le montre pas trop mais il est bien déçu je le sais.

Il le fera d’une manière plus élégante un jour plus propice. C’est quand même plus beau au soleil ces montagnes austères et sombres….

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