Colmiane – Isola 2000 – Pelago – Secours :(

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24 novembre 2015, j’émerge du vide et de mon corps endolori et stressé. Je ne me suis fait aucun bobo, mais j’ai été mis à rude épreuve. Pour éviter de raconter 20 fois la même chose aux copains, et pour garder dans ce témoignage un coté à chaud, je prends ma plume.

Donc Dimanche 22 nous sommes à la Colmiane pour profiter d’une très belle journée après quelque temps sans cross enthousiasmant et significatif. Immédiatement après l’envol, bien content d’être en l’air, je comprends que mon corps va être mis à rude épreuve par le froid.

Première conclusion après 10 minutes de vol : ça caille trop ! Je ne peux pas vraiment accélérer, ni monter bien haut. Au Giraud, je décide de faire un tour en traversant la Tinée pour aller vers Isola par les faces Sud et Est. Bricoler dans les basses couches, même si elles sont un tantinet stables, me va bien. Bon c’est quand même un peu trop stable finalement, mais je me console en prenant mon mal en patience : la grosse instabilité et les gros varios ne manqueront pas de venir au cours du vol, pour rentrer. Bas et près du sol, je serre bien les commandes pour avoir à max de feeling… c’est paradoxalement pour cette raison, qu’ici, bas, que je choppe l’onglée.

Basculant sous le Saint-Sauveur, je centrifuge mes mains et le sang qui revient me fait mal, ça brûle, ça pique. Je vais m’efforcer d’avoir une hygiène de vie régulière pour mes petites mimines maintenant remises à neuf. Au niveau du vol, je monte en puissance sur ces faces Ouest de la Tinée, avec un bon 3000++, ça recaille. Je bouge régulièrement bras et mains.

Une belle ligne m’invite au dessus d’Isola 2000 sur les crêtes de la frontière. Tentant, je vais voir, au pire je reviendrai sur mes pas dans la Tinée et je referai le plein pour bourriner un retour en direction du Sud.

Quel spectacle! C’est une partie de rêve éveillé dans ce coin magnifique. Enormous ! World class ! Je n’avais jamais fait cette ligne Isola – Boreon, c’est magistral, surtout dans ces conditions de fin d’automne, avec une lumière fantastique.

Le vent dans sa force et sa direction, dépasse mon entendement, j’ai l’impression qu’il s’immisce comme il peut entre les colonnes thermiques, je me retrouve tantôt poussé, contré etc. tout ceci est néanmoins gérable. Je suis dans mon élément, j’adore. Cela monte à présent partout en survolant une ligne de fours minéraux. L’Argentera me tend les bras, le Mato aussi. A plus de 3000 vers la Cime du Mercantour, la sagesse me suggère de rentrer via l’Archas, mais il est encore tôt et l’envie me décide d’aller sur le Pelago en y remettant la décision de rentrer. De là bas je rentrerai, soit direct par l’Archas soit encore plus au sud par le Piagu.

Les nuages sont costauds vers le Gélas, au dessus de ma tête c’est pas mal non plus. Je me mets en ligne droite assez tôt entre 2 nuages. Je suis dans l’attraction, je file tout droit, le vario me montre généreusement. Je me demande à combien je vais finir, ça taquinera probablement les 3500 de la Zone Aerienne.

J’en étais là quand je me sens très violemment tomber et pivoter. Tout va très vite, plus vite que ma pensée ramolie et mes réflexes réfrigérés. Je regarde un peu la situation en restant bras hauts et je vois que ça shoote très fort et que je vais détendre. Je me dis que je ne vais pas tomber dans l’aile. Je me sens twister, 1 tour, 2 tours, peut-être encore 1 ou 2. Puis ça accélère immédiatement. Shit, ça commence à craindre, je suis en spirale, à l’envers. Je ne vois pas le sol. J’essaie de me detwister, cela ne marche pas. J’essaie de tirer une commande pour arréter la rotation, c’est vain.

J’aurais aimé avoir plus de créativité, de sang froid et de doigté, mais sous le froid et le stress, mon attention commence plutôt à s’échapper. Je réalise et je ressens que je risque de perdre connaissance avec mes X-twist et demi et mon aile toute ouverte qui spirale de plus en plus fort. Je regarde la poignée et je balance fort le paquet sans vraiment réflechir, sur un coté.

Horreur absolue, je vois un petit paquet blanc fermé au milieu de l’aile entre les suspentes. J’ai une pensée, « c’est comme ça qu’on meurt en parapente, c’est horrible, je refuse ». Pas le temps de réfléchir davantage, c’est ouvert, la rotation s’arrête.

Pas le temps de souffler ou de se satisfaire car ça pendule grave et je ne suis pas au dessus d’une plaine ou d’une forêt. Je prends quelques suspentes dans la main sans réfléchir et ça ne vient pas facilement. Je tire de toutes mes forces comme si ma vie en dépendait, souffle une seconde, me remotive, y retourne… 20 cm par 20 cm, tout cela est trop long mais c’est le job. A un moment je me sens enfin stable, l’aile me semble toujours bien déployée visuellement mais je suis stable. Arrive la vue du relief à ma droite, je vois que je recule et que je descends vite. J’essaie de ravaler un peu l’aile et immédiatement je rependule. Je reste immobile, le balancier disparait à temps. Ouf, l’issue est définitivement dans une chute stable.

C’est terrifiant de ne rien voir. Sans réfléchir, j’essaie de pencher un peu la tête à gauche à droite et derrière, à ma gauche je vois maintenant des reliefs aussi, j’arrive dans le vallon. Je sors mes pates. Avec uniquement ces quelques images furtives, je sais grosso modo ou je me trouve. Sans rien voir, en reculant à 10 kmh, j’attends l’impact, entre prières et concentration extrême.
Une face de vue 4-5-6 m ou plus à ma gauche. Ne rien voir, c’est horrible et reposant (disons plutôt solennel) à la fois.

Le moment de vérité approche. Boom. Les pieds amortissent, puis les fesses airbaguées. Pas de mal, juste un petit peu sur mon flanc gauche.

J’ai eu si peur. Je sais exactement ou je suis, j’ai randonné à quelques dizaines de mètres. Je suis sur l’arréte Est du vallon, dans des pentes constituées de gros rochers de 50 à 150 cm, de pentes avec des touffes et de petits ressauts rocheux de 1 à 3 m max. C’est les jambes tramblantes que je m’agite. Un petit carré d’herbe au dessus me sert de camp de base.

Réunir le matériel, activer le OK et le tracking du Spot. Je bois quelques gorgées et je suis prêt à partir.

Comme pour évacuer tout ce stress vécu, mon esprit commande de descendre vite, impatient de me retrouver avec quelqu’un. Ca glisse, un peu, c’est gélé, environ 2h de descente m’attendent. Je cours aussi contre la montre et contre les nuages venus du Gélas qui sont mainetant un front neigeux qui arrive.

Calmos, ne te perds pas, ne te blesses pas, tu es sur Terre, plus rien ne peut arriver. J’ai encore peur, sans raison vraiment objective. Je me sens faible et vulnérable, la nuit, se perdre, le téléphone qui ne passerait pas jusqu’au Lac du Boreon…

Il commence à neigouiller, je vois des silhouettes au loin, 100-200 m en contrebas, trop loin pour appeler. Ca me rassure, j’aimerais bien les rencontrer mais je n’ose pas crier et je n’ose pas accélérer mon pas déjà limite. Plusieurs fois je glisse, je me tape fesses, genoux…

La neige et le vent se renforcent, je passe ma Goretex. Je redouble de prudence.

Finalement dans la forêt raide, le miracle apparait, ils sont là. 20 m plus bas. Je les appelles « attendez-moi ». Je leur révèle peu à peu mes aventures, en marchant, et leur zénitude m’irradie. Tout est simple. Une jeune femme et un jeune homme, partis en rando et surpris par la neige. Pas de quoi se faire de bile. Ils sont zen, je deviens zen. Pendant une grosse heure, nous marchons jusqu’a rejoindre le voiture. Nous évitons la mise en place des chaines sur les roues à quelques minutes près.

Voilà voilà, je retrouve mes copains chez Dgilou. Boissons nourriture chaleur et clopes à volonté.

Que conclure, que debriéfer?

Déjà, j’ai été terrassé, impuissant, passif. Cela induit un espèce de fatalisme. Non. Il faut aller au delà de la fatalité, toujours. La fatalité est ce qui vient naturellement, ça évite de se remettre en question.En matière de parapente, je n’ai jamais, pris les choses à la légère. Joueur certes, mais derrière il y a du travail. Donc pas de fatalité, cela aurait pu être évité. J’ai eu de la chance sur l’impact.

Pilotage : Peut-on prévenir tous les sketches ? Peut-on s’entrainer à tout ? Peut-on être efficace et rationnel en toutes circonstances ? Peut-on affiner ses décisions pour faire émerger les actes les plus opportuns en fonction de la situation ? C’est plaisant de penser que oui, mais évidemment la réponse est non. Tout va très vite, le stress la fatigue et surtout le retard entre ce qui se passe et les actions menées. Cela peut arriver, on fait du cross, on ne fait pas des figures que l’on a mentalisé juste avant en ayant siroté une menthe à l’eau. Enfin pour moi, les réactions en situation de stress une fois la situation établie, ce n’est pas le débat, j’ai fait le deuil il y a bien longtemps de compter sur le geste qui sauve in-extremis, la bonne pensée à l’instant crucial, je n’y crois pas. Il faut éviter d’en arriver là. Le pré-requis, c’est de tenir son aile, d’avoir un minimum de contact et d’anticipation des dangers, ce qui réduit considérablement les effets d’une grosse fermeture, en nous mettant, notamment, dans le timing.

Cross et décisions : Quid du froid ? De la fatigue ? Qu’est-ce-qu’implique le fait de voler dans une masse d’air assez élastique et molle, dans une large poche sans vent au coeur du massif ? Le vent s’immisce comme il peut. S’il n’y en a pas où nous volons, c’est qu’il y a des obstacles, les montagnes, le colonnes convectives. Le vent contourne tout ça comme il peut, les zones protégées, les endroits ventés et les cisaillements peuvent se succéder dans un vol. Sans parler aussi du fait qu’en atteignant le plaf, on sort plus ou moins de ce système. Sur le moment, je pars en ligne droite en pensant être sur une ligne ascendante durable jusqu’aux nuages? Je ne suis d’évidence pas assez vigilant sur une sortie de thermique qui peut in fine survenir n’importe quand. Il fait froid et je vole grossièrement, presque sans contact, dans une telle situation, c’est à mon sens l’erreur.

Matériel : Doit-on voler en hamac? Doit-on attacher les secours aux maillons principaux ? Doit-on packer à l’extrème un parachute pour le faire tenir dans un petit container ? Doit on privilégier les rogallos ? Là encore je réfléchis.

A l’analyse de ma trace, j’ai une spirale à -13 m/s et 3.5 G, une taux de chute de 8 m/s sous secours puis 4 m/s une fois l’aile neutralisée. Aux abords du posé dans le vallon je recule à 10-15 km/h et dans les derniers mètres mon taux de chute baisse pour flirter quelques secondes avant l’impact avec -1 m/s. L’avantage de tomber dans une zone ou l’air monte ! Je ne me suis rien fait et j’ai eu de la chance, ma frousse sur le coup est là pour en témoigner. Je n’ai absolument rien maîtrisé : reculer, ne rien voir, tout cela ne me plait guère, je pense acquérir un rogallo.

Voilà où j’en suis, nous sommes maintenant le 26 novembre, il m’aura fallu 2 jours pour écrire cela.

Il reste 13 commentaires Aller aux commentaires

  1. lolive /

    deux jours d’ecriture d’une tres grande valeur
    pour toi surement
    mais pour moi aussi
    merci

  2. Fab /

    Voler à > 3000 sur le Mercantour, c’est toujours du gros et justement t’es un gros pilote. Faut juste accepter d’avoir de grosses émotions, là t’en as eu une. Rien d’anormal dans ton comportement, t’as sorti le joker au bon moment.
    Content de te lire ! Arrivedercho

  3. Philippe P /

    Voler en parapente, c’est être à chaque instant à l’affut de ce que « dit » l’aile. Cette même journée, un autre pilote s’est aussi bien fait peur dans le même zone, et un autre au moins sous une voiles facile avait conscience de ne pas sentir sa voile comme d’hab. Ça fait beaucoup pour quelques pilotes en quelques heures au même endroit, et je ne crois guère aux coïncidences…
    Nos voiles nous parlent à travers: 1) les commandes, 2) la sellette.
    Nos « oreilles », pour écouter la voile, c’est nos doigts et nos fesses.
    Je suis convaincu que quand on se les caille menues, on a ces « oreilles » bouchées, toutes engourdies par le froid. On « sent » moins l’aile, et on pilote beaucoup moins bien. D’où peut-être ton vrac.
    Ma conclusion: maintenant, si je me caille trop, j’irai poser près d’un troquet sympa qui fait de bons chocolats chauds (ou près d’Olivier M et de son réchaud) 🙂

    Content en tout cas que tu sois en pleine forme pour nous raconter cette histoire bien flippante.

  4. dgilou /

    Écrire et raconter ces mauvais moments fait parti intégrante du processus de guérison psychologique nécessaire pour pouvoir reprendre l’activité… Analyser les causes sert à tous ceux qui pratiquent l’activité… L’engourdissement lié au froid est sans doute effectivement la cause majeure de cette passivité inhabituel chez un pilote chevronné… Ce qui me gène le plus dans cette histoire, c’est de constater une fois de plus notre si grande vulnérabilité… Et de devoir employer la sempiternelle phrase magique « il a eu de la chance »… Je suis en fait atterré de constater que même les meilleurs peuvent y laisser des plumes… Voilà c’est tout… dgilou

  5. Farnaud Seb /

    Salut Pascal,

    On ne ce connait pas directement, mais en tous cas virtuellement en ce qui me concerne.

    nous nous sommes croisés plusieurs fois au hasard de divers vols.

    Je suis content de voir que tu t’en es bien sortie, physiquement en tout cas.

    En lisant ton récit je me suis reconnu dans tes émotions de peur et de prise de conscience, de la non capacité à tout pouvoir gérer.

    même s’il est en général plus agréable de croire que notre destin est entre nos mains…ce genre d’incident nous remet un peu dans la réalité de nos vies de sportifs engagés…

    J’ai également vécu un incident en compétition cette année avec une M6.

    Trop vite, trop bas et surtout trop sûr d’être en mesure de gérer un incident à haute vitesse !

    Et là quand tu vois ta voile disparaître sous tes pieds… avec en toile de fond les arbres cent mètres plus bas…tu te dis que tu aimerais bien faire un petit replay en marche arrière pour relâcher un peu le barreau!!

    Bref, grosse tempo je frôle le bord d’attaque, ça retend un élévateur et là je vois ma voile qui tourne ambiance mac twist sur mon côté gauche, je me sens impuissant et spectateur de ce qui ce passe.

    Quand je reviens enfin sous la voile, j’ai le cône de suspente tressé sur 1,5m.

    je frenne à fond pour enrrailler la rotation, ça fonctionne,mais je rend la main et là, suspente de frein toute molle, sans doute coincée dans le tressage ! j’ai juste réussi à dégainer les freins, et engager une grosse spirale pour le coup incontrôlable.

    L’action totale n’a pas du excéder 20 secondes.

    Et là prise de conscience … ça va finir par terre ct’histoire.

    Du coup je me souviens que j’ai un secours…j’ai pas du tout envie de le sortir, car ça m’est déjà arrivé il y à 15 ans, et la sensation de cochon pendu livré au sort du hasard j’avais déjà pas aimé à cette époque !

    Bon pas le choix je tire la poignée … le contener sort très…trop vite, et je rattrape la poignet du bout des doigts ( ta mésaventure du pod dans le conne j’ai déjà donné la dernière fois ).

    poignée fermement tenue je jette puissamment le paquet à l’opposer de la voile dans le vent relatif… deux secondes et ça stoppe la rotation, un petit peu de balançoire avec grosse amplitude, la voile tourne et je chope le bout d’aile qui passe près de moi, j’avale 4 où 5 m2 de chiffon et je rentre en pendulaire dans une micro place au milieu des arbres.

    j’arrive à 4 où 5 m seconde en direction d’une cime d’arbre.

    Je me dis , toi je vais te chopper et pas te lâcher…ben non je repars déjà en pendulaire vers l’arrière avant de toucher cette cime.

    Du coup je rentre plaine balle en marche arrière dans des mélèzes de 15 m et 60cm de dim…là je me dis que ça va faire très mal et les images qui me vienne ne sont pas très sympathiques …je suis emballé dans mon bout d’aile, et ne vois que du vert et violet…aucun visuel sur ce qui m’entoure !

    je percute direct le sol, sur les deux pieds, sans toucher le moindre arbre !!

    J’inspecte rapidement le bonhomme , pas croyable…quel bol…juste trois rayures sur les jambes.

    je te cache pas que j’ai eu les jambes en coton, pendant un long moment.

    Les questions fusent dans mon esprit,

    pourquoi je me suis collé par terre alors que les copains passent au dessus de moi ?

    pourquoi ai je était incapable de gérer cet incident ?

    pourquoi faire tout ça ?

    pourquoi autant d’engagement ?

    à quoi sert d’engager ça vie où son intégrité ?

    Je pense à ma fille…ma moitier…ma famille…

    l’engagement est présent de partout dans ma vie, le boulot, la montagne, la mer , le ciel…

    on ne peut pas rester enfermé chez soit quand même !?

    Je tend avec les années à réduire au maximum l’engagement, et pourtant je me retrouve là, à marcher dans les bois avec mon chiffon en piteux état sur mon dos, et avec un gros joker de tiré !! indemne physiquement, mais brisé mentalement, comment redonner un sens à tout ça ?

    la seule réponse que j’ai trouvé pour l’instant après quelques mois, c’est d’investir dans un Beamer 3 pour déjà écarter la partie cochon pendue ( dans certaines situationsituations en tous cas ).

    Cette année cela fait 20 ans que je vole, plus que je ski et plonge,et je m’émerveille encore d’une plouf en montagne d’une courbe en neige profonde où d’une apnée avec les poissons …

    Je n’ai pas de réponses à tous ça,mais c’est ce qui fait que nous sommes vivants j’imagine…

    Prends soin de toi, et de tes proches, quelqu’ils soit…nous ne sommes que de passage…

    Bon vent,

    Seb

  6. JV /

    Welcome at Home!!!

    C’est jamais glorieux de tirer sur la poignée car c’est que l’on a fait forcément une erreur quelque part (engagement, vigilance, analyse) vu que nos chiffons en air calme c’est toujours des machines d’exceptions.

    Première fois ce jour que j’ai ressorti l’Enzo 2 depuis ma frontale à 50m/sol et le tirage de ma poignée du rogalo….

    6 mois à me poser la question « est-ce raisonnable »… mais l’envie à pris le dessus.

    Du coup, j’ai une sellette stable type course pour aller avec une aile de course, un rogalo à droite et un rond à gauche… et je suis remonté dans la fourchette de la voile, presque en haut, vu que j’étais 4kg dessous (et ça… c’était une vraie mauvaise idée 🙂 )

    Et Bien aujourd’hui, malgré que j’étais pas fier près du relief au décollage le temps d’en sortir, ensuite.. j’ai adoré cette aile que j’ai redécouvert…

    Morale, il faut un matériel adapté à l’aile… ma ligtness2 ou kolibri avec ma lm5 ok! avec l’Enzo : NON. Secours: ROGALO!!!!!!!!! et mieux: 2 secours :).

    La LM5 est au final un poil plus pratique et rapide à fond qu’une delta mais c’est un engin très très accessible donc sellette harnais ok… ensuite pour toutes les autres D, je pense qu’un bon plateau avec un ABS bien tendu c’est top…

    J’ai repris goût 🙂 🙂

    Bises et bon démêlage (dans la tête..), tu as fait ce qu’il fallait pour pouvoir en parler et c’est ça le principal!

    JV

  7. Pasc /

    Merci de vos messages à tous ! Bon, je ne vais pas me laisser abattre par cette aventure. J’en retire des éléments positifs et des enseignements.

    C’est sûr qu’il y a moyen de se faire mal sur un secours dans la moyenne montagne et que j’en ai bien pris conscience, mais les stats sont quand même en faveur de l’engin comme le sous-entend Fabien. Ceci dit, les petits détails peuvent faire une grande différence en la matière et je me dois de bien optimiser cette partie un peu méconnue et négligée.

    Pour le reste, je ne me fais pas trop de soucis. Si j’ai envie de voler je ne vais pas me géner, et si je n’en ai pas envie je ne vais pas me forcer.

  8. Fifou Colmiane /

    Merci beaucoup pour ce récit, il servira sans aucun doute à tous.
    Le même jour, au même endroit, je salive en voyant l’émagramme et le ciel mais… je suis très fatigué par le boulot et j’ai simplement peur de mourir de froid. Le jeu en vaut il la chandelle ? Pour moi, aujourd’hui non.
    Il vaut mieux être au sol et regretter de ne pas être en l’air que le contraire 😉
    En lisant ton récit et en ayant parlé avec les copains à l’atterro ça me confirme que c’était la bonne décision pour moi ce jour là.
    Heureux d’être un vieux pilote sans autre ambition que de se faire plaisir sans risque (en les minimisant en tout cas) !
    Bon vent, bravo pour tes vols et récits.
    We ALL learn something EVERY flight !

  9. piair /

    Salut bonne nouvelle d’une fin en bon état!
    Pour le froid aux mains essaie les manchons, ça change vraiment tout
    Bons futurs vols

  10. ksuxcle /

    Bonjour Pascal, tu ne vois certainement pas qui je suis mais on s’est croisés, ici ou là, au détour d’un cross vers Bleine, ou un tour du Mont-Blanc…
    J’ai lu avec attention ton récit.Tu as noté pas mal de facteurs pouvant mener à l’accident. Mais tu n’as pas parlé de l’aile. La Mantra6 est une superbe machine, solide, etc. mais c’est une machine avec un allongement de 6.9. Ce qui n’est pas rien en cas de vrac accéléré… Au delà de tous les facteurs plus ou moins subjectifs comme le froid, la fatigue, l’entrainement, l’expérience, etc. L’allongement est un facteur de risque objectif. On a trop tendance à l’oublier je pense. Ensuite nous volons comme tu l’as très bien dit en pensant qu’on peut être très forts, et c’est vrai. Mais pas intouchables. Il y a toujours un risque tapit dans l’ombre qu’aucun pilote ne peut éliminer puisque l’air est invisible…
    Il y a huit j’ai vécu un accident terrifiant sous une Mantra de l’époque. Comme toi, un gros vrac en haut d’un thermique avec sortie twistée et voile ouverte face planète accélérée à fond. Comme toi j’ai tiré le secours mais le pod est resté sous la planchette car très centrifugé il était bloqué, et j’ai arraché la poignée du secours qui m’est restée dans la main en tirant avec l’énergie du désespoir ! J’ai spiralé 1000m jusqu’au sol en me disant que c’était finalement comme ça qu’on mourait en parapente. Et j’ai pensé que le parapente, les cross, etc. c’était fabuleux mais ça ne valait pas de mourir. J’ai tiré des enseignements et je me suis dit qu’en mettant tous les curseurs dans le rouge on a plus de chances de finir mal. Voler dans des conditions fortes en cross, dans la montagne, le froid, avec une aile performante, on cumule. On pousse tous les curseurs et c’est dangereux. Pour ma part j’ai choisi d’améliorer mon pilotage par l’acro (même si je ne crois pas que ce soit l’arme infaillible en cas de vrac en cross) et surtout de descendre d’une catégorie. Pour moi je me limite autour de 6 d’allongement. Il y en a assez pour se faire plaisir. Je continue à voler dans des conditions fortes, en montagne, mais avec une C. Je sais qu’une C peut vraquer fortement comme une D, mais statistiquement je pense avoir une chance de plus…
    Merci pour le partage. Ta réflexion sur le secours m’interpelle aussi et je me pose la question d’un Rogallo … La sellette aussi… J’ai une Delight2 comme sellette et je me dis que je pourrais regretter la protection dorsale en cas d’attéro marche arrière sous secours contre un rocher… A une époque je volais avec mon blouson moto, avec coudières et épaules et plaque dans le dos en protection. C’était finalement pas si con… Mais la mode du light nous pousse à éliminer trop de protections passives peut-être ?
    Aller, je te souhaite encore de beaux vols et surtout beaucoup de plaisir.

    Une remarque encore sur la déclaration des vols. Je n’en fait pas et je pense qu’en volant incognito je suis plus apte parfois à arrêter un vol que je ne sens pas.

  11. pasc /

    Salut et merci de vos retours. La sagesse et la securité, c’est evidemment la base. Comme je suis d’une nature un peu angoissée, j ai besoin de confiance dans toutes les phases du vol. Et ce d’autant plus que j’aime voler pour découvrir et ouvrir des nouvelles lignes. Il faut etre attentif a tout, y compris a soi.

    A ce propos, l’apport d’une aile performante n’est pas négligeable dans la marge qu’elle apporte, même en montagne. Elle m’a éloigné du sol, permis de contourner ou de survoler des zones moyennes avec de la marge, de moins gratter au relief. Elle m’a aussi permis de me refaire in extremis de nombreuses fois. Je n’aurais pas réussi l’aller retour Roquebrune Gourdon le jour où je l’ai fait avec une C de la même génération par exemple. Apres c’est sur qu’en attention requise et cas de sketche c’est plus exigeant. J’ai fait pas mal d’acro avant, à petit niveau, et j’ai fait 5-6 décros avec la M6, qui est une excellente voile. Evidemment j’aurais peut-être moins détendu avec une Delta2, mais bon la M6 n’est pas une voile extrême non plus et on est tous capables de finir en spirale + twists en D2…

    Pour ce qui est de l’usage de l’accélerateur, la notion de vitesse et de performance kilométrique ne m’intéresse pas beaucoup, donc je n’ai pas besoin d’être rapide. J’utilise très peu l’accélerateur à plus de 2/3. En dépit éventuellement de la meilleure finesse air de temps en temps. Je trouve le full bar dangereux. De même, j’utilise très peu l’accélerateur près du sol.

    Pour ce qui est de voler incognito, j’en ai rien a battre de la Cfd et je ne me suis jamais privé de me poser ou de calmer le jeu quand je le sens pas. Je fais mon petit bonhomme de chemin en suivant mes rêves sans me soucier des autres. Je n’ai en général aucune admiration ni aucun respect pour monde du parapente, les records et les performances chiffrées ou médiatisées. Et quand les gens me disent que j’ai fait un beau vol je suis bien content mais il est parfaitement clair que je ne vole pas pour eux ou pour recevoir ce genre de renforcement positif.

    Les alpinistes bavent devant les montagnes et les gravissent, c’est simple.
    Et pour moi le parapente l’est tout autant.
    J’ai envie de faire des trucs et j’essaie de les faire.

  12. Mel /

    Merci Pascal de partager ton expérience. Ton récit détaillé me permet de rendre le stress de la situation palpable.
    Tu as bien réagi face à la situation, tu t’en es bien sorti et tu n’as aucune séquelle physique de cette expérience. C’est un bilan très positif.
    Pour autant le mental en a pris un coup. Le bon côté c’est que cette expérience t’aura appris beaucoup de choses, tu voleras différemment par la suite. Avec plus de marges. Il va falloir cependant être patient pour que la confiance revienne. La confiance en toi, en ton matériel et en les éléments. Il faut un peu de temps. Courage pour surmonter tout cela. Il est toujours bénéfique d’en parler. Le plaisir et l’envie de voler reviendra tôt ou tard. Et ce sera encore plus fort qu’avant.

  13. Fred /

    Salut Pasc,
    j’avais raté ce récit, c’est Seb Farnaux qui m’en a parlé ce dimanche. La vache! j’en ai froid dans le dos. plus que ça même, ça me fout les jetons. parce que ce qu’il t’est arrivé, j’ai l’impression que ça m’est arrivé! ou que ça va m’arriver! bref, ton expérience, c’est une grosse piqûre de rappel, bien douloureuse, pour tous les pilotes. Surtout pour les pilotes qui se croient bons, comme moi. On maîtrise, on pousse le bouchon, on aime quand c’est fort en l’air, mais on passe les limites, sans s’en rendre compte même. Et le rappel à l’ordre peut être brutal!
    Alors merci d’avoir si bien mit des mots sur cet incident, parce que ça servir à beaucoup de monde je crois.
    Un dernier mot sur ses fameuses « conditions d’automne » : ça fait plusieurs fois que je me fais la réflexion que c’est pas si tranquille. dès qu’il y a un peu de vent, ou même de thermique dans cette masse d’air très stable et dense, je trouve que c’est vite très inconfortable, voir péteux, et que ça demande beaucoup de pilotage, et près du relief je trouve même ça très malsain. En tout cas pas du tout conforme aux « conditions idéales pour le débutant » comme on le pense généralement.
    Bonnes Fêtes amigo!

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