Roquebrune – Borgo San Dalmazzo

19 février 2017, il est environ 10h au décollage du Mont-Gros, Roquebrune

Je suis sur le pont depuis un moment, animé d’une belle motivation, mais je cède volontiers mon tour aux biplaceurs Alain et Nico qui arrivent pour faire les premiers vols. Sans rien traverser de consistant à la sortie du déco, ils descendent un moment le long de la crête et finissent par enrouler facilement de petits varios en se faisant bien décaler par l’Ouest, le vent du jour. D’une manière générale, ça ne fait pas rêver, aucun n’est plus haut que le déco, mais cela me semble d’assez bonne augure pour mon avenir à court terme. Je prends mon envol en direction des rochers à l’Ouest.

Je monte sans peine, néanmoins c’est mou et ça ne veut pas dépasser 870 devant chez le Prince. Je me contenterai de cela, avec l’Ouest j’arriverai correctement sur Gorbio et c’est là l’essentiel.

Gorbio. Sur la route, je vois un mec prendre tranquillement son petit dej’ en jouant de la guitare après une nuit tranquilos sans son cam’. Une femme est encore dans le lit. Après m’être rapproché pour lui faire un petit coucou, c’est juste hallucinant : ce mec, je le connais ! Et comme je ne le connais pas en bien, je quitte vite le coin. Pas question de lui faire l’animation du petit déj’. Bye bye.

Presque 1300 à Saint-Agnès. La montée n’était pas des plus faciles, c’est assez turbulent et il y a pas mal de vent. Cela va être compliqué aujourd’hui et je commence à réfléchir. Pour poursuivre la réflexion et gagner du temps sans trop m’engager dans une option, je compte me placer sur la pointe de Sirricoca.

Impossible de me positionner correctement tant je me suis fait contrer !!! C’est dingue ! Je n’ai jamais perdu autant d’altitude sur cette section. Impuissant contre le venturi final, je suis contraint de travailler les face Est, complètement sous le vent. Quel chahut ! Je me fais dégommer à chaque tour. La tension dans les commandes disparaît totalement à chaque demi-tour dos au vent et le retour face au vent s’accompagne de sons et de mouvements chaotiques et violents. L’ascendance m’éjecte définitivement peu après avoir dépassé l’altitude du sommet. Je fuis vers le Razet avec une finesse inquiétante. Je vais arriver très bas si je ne trouve rien en route. Heureusement avec ce vent je croise un thermique dans un coin improbable déjà loin des reliefs et j’arrive à lui voler quelques tours.

Au Razet tout est plus lisible et sain. C’est même bien meilleur qu’à l’habitude : ça monte tranquillement en dynamique sur les faces Ouest. C’est la 3ème fois que je passe ici en quelques jours et ça me fait plaisir de ne plus devoir bricoler en me contentant de la faible énergie des faces Est.

Je suis assez sceptique sur la suite du vol à la vue des conditions, je n’ai pas envie de filer avec le vent vers le Torrage car le plaf y est bas et le retour me semble impossible. Je commence à pressentir qu’il y a trop de vent pour aller m’exposer vers la Colmiane ou sur les crêtes de Peïra Cava. Je ne suis pas trop Vésubie cette année. Je préfère la Roya. Je commence à projeter d’aller à Tende et éventuellement de rentrer via une interminable crête sur le littoral italien.

Monter au Mangiabo est assez simple même si je suis arrivé bas sur les crêtes. Le Ventabren remonte bien et je trouve le nuage au plaf stratosphérique de 2000. C’est toujours bien venté, ça confirme mon option pour Tende.

A partir de là ça va redevenir compliqué : à la fois tonique et laborieux. Les plafs sont bas, je sens bien que je suis complétement sous le vent, les thermiques ont du mal à s’organiser et s’amalgamer pour donner des zones confortables et homogènes. Impossible de faire plus d’un tour sans interruption du vario. Je dois voler bas et cela rajoute pas mal de piquant. Dans ces conditions je suis très concentré sur cette section entre le Ventabren et Castérino. La seconde vallée transversale que je franchis n’offre pas de solution pour se vacher. La sortie est plus que jamais par le haut.

Une fois passée la vallée de Casterino je commence à me détendre. Les nuages sont à… 2200 ! Quel luxe 😉 J’arrive dans la zone protégée de l’Ouest et les ascendances deviennent enfin faciles et normales. La vue et l’ambiance sont magnifiques, j’en profite pleinement.

Je décide de ne pas traverser la vallée à la Brigue pour me rendre sur le Mont Bertrand: les plafs sont bas , 2100 peut-être, et le retour dans ces conditions jusqu’à la mer me semble improbable et trop épique à mon goût. Vu ce que j’ai déjà enduré, j’ai envie de rester dans ces conditions plus ou moins faciles et de profiter de cette belle journée pour vivre un peu d’inédit.

Au mois de Novembre 2016 je m’étais retrouvé à Tende depuis Roquebrune également. J’aurais alors bien poursuivi jusqu’à Cuneo, mais malheureusement je n’avais pas pris mon téléphone et cela m’avait découragé. Je m’étais alors dit que cela aurait été une bien jolie trace.

L’occasion se présente maintenant de réparer cette petite déception et de survoler la station de Limone. Vu le plaf et la neige, rien n’est gagné, mais je suis très enthousiaste.

 

J’arrive sur le fort au dessus de Cagnourine, je prends tout ce que me donnent les pentes sèches des versants Est. 15km de SO me poussent au passage du col et vont me brasser pendant quelques minutes. Immédiatement passé le col, c’est le choc ! Quel contraste entre la solitude Française et l’agitation de la station de ski !!! Les sons, les petits de points couleurs vives animés, c’est une sacrée ambiance ! Le tout en subissant accélérations, ralentissements, cabrés et piqués… superbe !

Je mesure que le projet de me poser dans la plaine du Po est ambitieux vu que je tombe du ciel, cerné par des reliefs copieusement enneigés. J’avais sous-estimé l’enneigement !!!

Je vise le relief au nord de Limone, une face Sud modeste avec une partie minérale. J’ai du mal a estimer à quel niveau je vais arriver vu mon rodéo permanent.

J’arrive pile à mi pente au dessus des roches qui ne donnent rien, c’est la déception. J’en suis presque à me pencher sur la phase d’atterrissage quand je me resaisis et décide de couvrir le maximum de terrain sur cette montagne avant de ne plus pouvoir. Et ça marche !

Je remonte mètre par mètre, au dessus du village de Limone en contemplant la station, c’est magique. Je vais bientôt dépasser le sommet, c’est fait, ça monte encore dans un petit vario… C’est énorme, magnifique, après la déception initiale sur ce relief, c’était quasiment fini et voilà que c’est quasiment acquis pour la plaine du Po ! Je vais pouvoir taper les hauts reliefs et cheminer jusqu’à Borgo.

Après le ll Vallone di San Bernardo je tape des falaises teintées de mousses vertes, elles semblent plantées dans la neige. La lumière est magnifique, l’ambiance et superbe. Une fois le petit thermique essoufflé, j’essaie sans succès de remonter en dynamique vers le Bric Costa Rossa.

Je me prends même à rêver, il est tôt, le roi Mon Viso n’est pas loin, majestueux comme d’habitude. J’analyse la situation et je décide de changer de rive afin de contourner Borgo San Dalmasso par les montagnes. Je vise une face sud et malgré des débuts prometteurs, je me retrouve dans du faiblard à devoir patienter pour trouver une vraie ascendance qui pourra m’éloigner du sommet. Avec tout ce que j’ai donné depuis le début du vol, j’aurais bien mérité un bon thermique à ce stade non ?

13h45 sur ma crête de Vernante, il faut bien me rendre à l’évidence, la montre tourne et mon option n’a pas marché. Je ne m’élève pas assez, c’est trop stable ici. Je me serai bien acharné encore, une heure, deux heures, qui sait… Je serais même volontiers passé en mode contemplatif pour profiter encore et encore de ce super paysage, juste pour le plaisir.

Mais je sais que le dernier train pour Vintimille part vers 14h30, et la perspective d’un retour bien calibré est bien tentante. Mine de rien je suis bien éloigné de ma voiture. Je décide donc de poursuivre sans trop tarder pour voir si par miracle je peux réussir à passer par le bas. En cas d’échec je serai dans les temps pour prendre le train et donc éviter une très longue galère. Comme prévu, c’est l’échec, il me manque 100m d’altitude pour avoir une chance de poursuivre le vol.

J’ai fait un vol sympa, avec de la belle nouveauté, alors tant pis pour le Viso.

Cela bouillonne quand même copieusement dans ma tête : je suis dégoûté, déçu, meurtri et content à la fois. Comme quelqu’un qui s’est beaucoup battu, à gagné un beau combat s’est pris à rêver et qui doit s’arrêter. Comme un parapentiste qui se pose vers 14h.

Je plie en contemplant toutes ces montagnes, le train arrive et c’est un autre voyage qui commence.

Merci à Carole pour la navette.

Il ne reste qu'un commentaire Aller aux commentaires

  1. Paul Bichat /

    Merci pour cette aventure partagé 😉

Laisser un commentaire