Isolabona – Cima delle Saline – Colmiane – Isolabona

Elixir Essentiel d’Ether de Cross

https://www.xcontest.org/world/en/flights/detail:pascamax/17.8.2017/08:33

En juin, j’avais eu la chance de surfer la ligne des plus hauts sommets frontaliers en partant de Sospel. Cela avait été énorme ! Tellement énorme que, chahuté entre l’euphorie et mes engagements pour le lendemain, j’ai commencé à faire n’importe quoi vers Saint-Etienne-de-Tinée… pour lamentablement finir dans la pouasse Italienne. J’avais beau avoir réalisé une rare, jouissive et esthétique incursion sur les plus beaux sommets, c’est la déception de la fin de vol qui primait…

Une déception tenace puisque le fait d’évoquer encore aujourd’hui ce vol mobilise une énergie noire et destructrice dans mon sang. En fait, y penser me rend un peu comme ce type :

Maintenant, mi-août est passé, les prévisions sont excellentes dans le massif. Je me réservais patiemment pour une belle journée après la naissance de mon fils, et il semble que l’heure de reprendre de la hauteur est venue !

C’est parti pour voler, avec la volonté de faire un parcours propre et maîtrisé pour honorer cette fois convenablement cette belle section sur les plus hauts sommets que je compte bien resniffer.

Question intensité, je sais que je ne serai pas déçu. Mais auparavant, il reste juste à choisir où débuter le vol.

Les prévisions réalisées la veille montrent à Isolabona un emmagramme stablissime en basse couche, j’hésite avec un départ plus haut, de Sospel, mais Corrado me convainc : Ma, né pa dé problemo.

Je retrouve Ju à Menton et nous rejoignons nos 3 amis italiens Corrado Federico et Luka.

Corrado décolle et sombre directement. Stablissime, comme prévu. Du coup, il nous laisse de longues minutes spectateurs, à subir la chaleur étouffante. Les mètres se perdent vitre puis se regagnent laborieusement tour par tour. Finalement il réussi à ressortir et part sur Rochetta d’assez bas.

Je décolle et je dois également porter ma croix quelques minutes, tout comme Ju (qui la portera plus d’une heure).

Après quelques tentatives je pars avec 810m et je remonte très facilement à Rochetta en enroulant un joli thermique depuis sa naissance sur les flancs Est. Du coup, je rattrape Corrado assez vite tandis que les autres, et donc surtout Ju, galèrent vers le déco.

Je trouve la masse d’air assez pourrie, c’est bien fort ! Je n’ai pas volé beaucoup ces derniers mois, aussi je me concentre beaucoup et je prends sur moi. C’est chaotique ! Avant d’arriver sur le Torrage, je me fais violence et visse pour rester dans le thermique. Je dois l’avouer, c’est plus de la peur que de la stratégie : je redoute d’en sortir.

Les nuages poussent vite et haut, on ne sait pas encore exactement à quoi s’attendre à leur sujet. Normalement une petite inversion vers 5.000m va tenir le ciel en place pour jouer toute la journée. Je décide d’éviter l’impressionnant Torrage et son compère à l’est pour traverser la Bendola, c’est toujours superbe. Je me sens de plus en plus à l’aise et et nous nous retrouvons avec Corrado au Saccarel. Un peu trop optimiste, je me retrouve à sombrer sur les faces ouest ombragées et à devoir contourner le Mont-Bertrand jusqu’à son arrête sud-ouest. Ensuite je continue plus à l’est que le Marguerais avec Corrado qui suit quelques centaines de mètres derrière.

La Salina (au second plan sur a photo ci-dessous) : c’est un piège, rien ne monte malgré la roche omniprésente et les nuages. Je ne demande pas mon reste et fait demi-tour en direction du Col de la Gainä, sombrant de plus en plus. J’hurle de dépit car je me vois déjà posé. Finalement, j’exploite un large et lent thermique qui dérive avec le vent et les contraintes topographiques. J’enroule avec application ce thermique naissant qui épouse les reliefs et fini par remonter l’arrête du Marguerais. Corrado fait à son tour demi-tour, lui aussi est tombé dans le piège. J’imagine qu’il a suivi mon sauvetage et qu’il va venir directement dans mon ascendance mais non, il ne peut même plus. Sa seule option est désormais de refaire une second demi-tour et de s’enfoncer dans la vallée boisée et… imposable (comme souvent en Italie, en bas à droite sur la photo).

Une fois au Marguerais, j’arrive à peine à faire le sommet, ce qui n’est pas trop mal et me repose pendant quelques minutes. Pas de news de Corrado. Je continue vers Tende et je retombe bien trop vite du ciel à mon goût. Me voilà sur une crête en herbe O et rocher E. Après quelques minutes je comprends qu’il faut aller chercher l’énergie en Est malgré le vent pas vraiment constant.

Et boom, 3000++ , de quoi faire de belles photos et continuer relax.

La suite devrait être plus facile. Les plafs sont pas mal. Néanmoins, après le Col de Tende je suis dans large zone d’ombre au Sud du Roc de l’Abysse. Patiemment j’arrive à remonter aux nuages. Difficile à ce moment de savoir si l’ombre va gagner la partie sur le massif. Je vole depuis 2 heures et le ciel est déjà bien chargé.

Arrivé au Nord de Casterino je revois enfin le centre du massif, qui est assez clair. En fait, l’air est parfaitement dosé en eau aujourd’hui et les nuages se désagrègent quand leur ombre coupe leur alimentation.

De même, la tendance Ouest qui menaçait d’être soutenue (et que l’on a toujours du mal à évaluer pour cause de vol du coté protégé) ne semble pas interdire la progression dans le massif comme c’est souvent le cas.

La porte est ouverte on continue sur la frontière !

Je passe à l’ouest, au coeur du massif. C’est magnifique. L’aérologie est très calme et les thermiques sont rares. Très peu de vent. La crête est tout juste porteuse, il ne faut pas trop en demander, et je dois bricoler pour prendre à chaque fois ce que la nature m’offre. Impossible de prendre plus de quelques dizaines de mètres au dessus des reliefs, mais ça suffit.  Clapier, Malédie, Gélas, Cougourde c’est magique.

Après avoir surfé la frontière jusqu’à la Cime Gilié, je trouve toutes les bonnes excuses pour arrêter la fête ici et amorcer le retour. Comme je l’ai dit au début mon souhait premier était de faire un vol bien maîtrisé et de boucler tôt. La meilleure excuse est qu’il y a quand même du vent et qu’il est bien sensible ici. D’ailleurs c’est compliqué comme toujours dans ce secteur au Nord du Pelago, et dieu sait que voler à cet endroit me coûte une petite surtaxe d’émotions. Je redouble de concentration dans le fort thermique que j’arrive enfin à trouver. Un bon 3300 de mémoire. Malgré l’altitude, me diriger vers la Colmiane reste super laborieux je suis bien contré et je dois accélérer au 2/3, voire quasiment à fond. J’arrive au Piagu en ayant déjà cramé quasiment tout mon précieux gaz. J’y retrouve un ascenceur bien puissant : + de 3000 et là je commence à me détendre.

La suite est une simple formalité. J’arrive sur une Colmiane totalement défigurée par la sécheresse. Je prends la confluence au Pic. Puis les crêtes jusqu’au Siruol, où il y a des nuages et où ça bipote. Comme toujours, j’attends un peu mieux pour enrouler, cela n’arrivera jamais. Je me fais avoir à chaque fois 🙂 Pas de problème pour autant, je sais que je vais atteindre la crête de la Bollène après avoir traversé la Vésubie.

C’est reparti pour une nouvelle séquence exigeante. Remonter cette longue crête demande d’évoluer dans une masse d’air stable et péteuse, avec une brise forte qui lèche bien. Je pense avoir fait le plus dûr et connecte rassuré la dernière partie quand je me fais littéralement happer par un boulet de canon tout anguleux. C’est infect. Je suis terrorisé pendant les 2-3 premiers tours puis ensuite la hauteur me fait reprendre mon souffle. Je subis et je vais m’accrocher avec détermination jusqu’au plaf. Des rapaces viennent m’aider à m’élever plus proprement, je dois leur faire pitié. Je vois Ju revenir de l’Est et se mettre sur les crêtes qui mènent au Sud. Nous allons arriver ensemble à l’Authion. Ju, en mode crête à mouette, déjoue toutes mes prévisions en ne rencontrant aucune difficulté pour passer au sud de la Cime de Tuor. Pendant ce temps là, le gros malin qui sait tout dois bourriner un Venturi pour passer la crêtes de l’Authion par l’Ouest.

Nous voilà ensemble, je suis heureux qu’il ait pu s’extraire, il a du faire un joli vol.

Nous traversons la Roya dans les fumées d’un feu en aval. J’ai pris un peu d’avance j’espère que Ju va me suivre. Je préfère viser l’Arpette un peu Nord pour arriver presqu’au sommet plutôt que de viser plus au Sud et arriver bas sous la Tête d’Alpe. Je vois Ju faire le contraire, il doit finalement se rabattre sur la cime de Bosc au Sud de Breil, après avoir retraversé la vallée. Lui qui mange et vit très sainement, comment apprécie-t-il le soaring dans les fumées à 50m des antennes relais ?

Je remonte à 2000 et la fin de vol est maintenant acquise. Je n’ai plus qu’à me délecter du paysage.

Je fais un petit point au Sud sur la Tramontine puis je retourne au décollage d’Isolabona. Il serait plus simple et sûr de reposer en haut comme c’est d’usage, mais ma voiture et en bas et Ju semblait mal engagé vers Breil.

Je n’ai pas non plus de nouvelles des Italiens. Quel black out ! Oui, j’avoue ma radio était déchargée.

Bref, la perspective de me poser en bas près de la voiture et de la civilisation gagne, d’autant que la brise semble gérable (il existe en bas un atterrissage XXS de secours assez mythique).

Aïe, un retard en finale d’environ une seconde, je me pose 5m trop court. Les voitures qui filent à fond dans l’ombre de mon stabilo et les divers obstacles au sol ne m’incitent pas à faire le kéké. C’est donc avec une certaine grâce que ma Zeno fini sur un tapis végétal.

30 minutes de déronçage appliqué sous 35 degrès puis 10 minutes de marche auront fini par m’épuiser et c’est avec un énorme plaisir que je me pose en terrasse : 2 Chinotti,1 Acqua Frizzante et une bonne cigarette. Quel bonheur ! Quel vol de rêve quand-même !

Finalement, je retrouve Ju qui a réussi à se poser et à descendre une voiture et les Italiens de retour de Vintimille où ils étaient allés se poser pour comptabiliser davantage de points pour leur Xcontest Ligurie. Tout le monde a bien profité de cette superbe journée !

Le timing est lui aussi parfait, je rentre tôt en bon père de famille, même si je ne suis plus bon à grand chose après un vol si intense.

 

 

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  1. Federico /

    Pascal, meravigliosa descrizione. che giornata stupenda…. 😜

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